CEAG • Sylvain Lament

En mars 2015 était créé le Cercle Economique des Agences Groupistes. Deux ans plus tard, qu’en est-il ? Le point avec Sylvain Lament, son président.

Nous voulons rester libres et indépendants

 Producteurs spécialisés sur le marché groupe, ils ont choisi en mars 2015 de se rassembler sous le nom de Cercle Economique des Agences Groupistes (CEAG). Les statuts ont été déposés en mai. Ils étaient alors neuf membres fondateurs (Altis, Amerasia, Partir/Visiteurs, SPVA, Syltours, Time Tours, Tours Squere, Transunivers et Voyages Plus).  « Il pouvait être intéressant de mettre en place des synergies pour essayer de faire évoluer notre métier, un métier qui n’est pas toujours bien perçu, critiqué et mal connu », expliquait alors Sylvain Lament, qui aujourd’hui encore préside le CEAG (il dirige également l’agence groupiste Syltours basée à Boulogne-Billancourt). C’était aussi miser sur l’intérêt de la mutualisation comme « de se donner les moyens de se faire entendre en parlant d’une même voix », ajoutait-il.  
Depuis, le Cercle Economique des Agences Groupistes s’est agrandi, a travaillé sur différents dossiers (certains ont même abouti), a créé un site web… Bilan, actions et perspectives avec Sylvain Lament qui a bien voulu répondre aux questions de Voyages & groupe.


 

V&G : à l’origine de sa création, le Cercle Economique des Agences Groupistes (CEAG) comptait neuf membres. S’est-il agrandi depuis ?
Sylvain Lament : en fait, nous sommes partis de quatre membres, puis à neuf. Aujourd’hui, nous sommes une petite trentaine ! Et j’insiste, tous groupistes indépendants. A l’origine, les entreprises étaient plutôt issues d’Ile-de-France, elles ont été rejointes depuis par d’autres basées en province. En termes de chiffre d’affaires, c’est très variable, une des plus importantes aujourd’hui doit, sans doute, être celle de La Boutique des Groupes de Salaün, les plus petites totalisant entre quatre et cinq millions de chiffre d’affaires. Mais, attention, le chiffre d’affaires n’est pas notre critère de recrutement.  Nous n’effectuons aucune démarche auprès des groupistes pour les inciter à venir rejoindre notre cercle, c’est plutôt eux qui nous approchent. Faute de temps, mais en tout cas, nous ne faisons pas de prosélytisme.  

V&G. : la forme juridique est toujours celle d’un GIE et le système pour adhérer n’a pas changé ?
S.L : le Cercle Economique des Agences Groupistes est toujours un GIE, c’est une forme plus souple qu’une association ou qu’un syndicat. Elle donne davantage de liberté. Au niveau de la structure, et comme les statuts d’un GIE nous l’imposent, il y a un président (Syltours), un vice-président (Tours Squere), un trésorier (Amerasia) et un secrétaire (Partir/Visiteurs). Quant à l’adhésion, nous appliquons également toujours le même principe qui est, je le rappelle, de réaliser au moins 50% de sa production sur du groupe, et il faut surtout être parrainé par deux membres fondateurs avant de passer à un vote collectif pour accueillir ou non un nouvel adhérent.  

V&G : sur quels dossiers le Cercle Economique des Agences Groupistes a-t-il travaillé durant ces deux années ?
S.L : nous avons mis en place un « contrat groupe » que nous avons fait valider par un avocat. C’est un contrat de voyage qui répond aux besoins des groupistes, spécifique à leur activité actant la vente aux clients avec un certain nombre de points à respecter (Sylvain Lament n’a pas souhaité rentrer dans les détails, ndlr). L’objectif était de définir un contrat qui soit cohérent et couvre aussi bien le groupiste que le client. Il est à disposition des membres, sans obligation pour eux de s’en servir.
Nous nous sommes également occupés de l’aspect assurances. Nous avons ainsi donné la possibilité à tous nos membres de cotiser sur plusieurs lignes de garantie, qui nous reviennent moins cher. En effet, à partir du moment où l’on fait du groupe, on a intérêt à avoir des responsabilités civiles relativement importantes. Hors, en discutant ensemble, on s’est aperçu que la plupart d’entre nous était mal assuré. Aussi avons-nous décidé d’avoir parallèlement à la responsabilité civile obligatoire à tous, une autre responsabilité « chapeau » commune aux membres du CEAG qui le souhaitent.
Par ailleurs, on s’est beaucoup investi sur la taxation des comités d’entreprise.  Pour rappel, nos chers gourvernants ont voulu taxer l’argent qui était donné aux ayants droit  bénéficiaires des activités sociales et culturelles des CE, une disposition qui est arrivée en avril 2016 dans le cadre de la Loi Travail.  Nous y étions opposés, et nous sommes arrivés à la faire annuler le mois suivant. Le CEAG et Les Entreprises du Voyage se sont mobilisés ensemble sur ce dossier.  Par ailleurs, dans le cadre du financement de la sécurité sociale au mois d’octobre dernier, le gouvernement voulait repasser un texte pour taxer à nouveau ce qui était donné aux comités d’entreprise. Donc, remobilisation !  Et toujours avec Les Entreprises du Voyage, nous avons réussi à mettre ce décret en sommeil. Pour l’instant, car il finira par réapparaître…
Enfin, nous avons également créé en fin d’année dernière un site internet* sur lequel différentes rubriques sont accessibles au grand public comme la présentation générale de la structure, la liste des membres, l’actualité ou encore un formulaire d’inscription pour rejoindre le cercle. Une dernière rubrique, « accès membres » est réservée, comme son nom l’indique, à nos adhérents qui disposent d’un mot de passe pour y entrer.


V&G : et quels sont ceux en cours et à venir ?
S.L : il y a toujours des chantiers en cours et à venir !  Il y a toujours beaucoup à faire ! Je préfère cependant ne pas trop en dévoiler ici les sujets, tant qu’ils ne sont pas véritablement enclenchés. Quant ils seront faits, nous en parlerons, pas avant !
En revanche, je peux vous dire que nous travaillons actuellement à l’élaboration d’une charte définissant les relations avec nos fournisseurs. Je ne voudrai pas employer le terme de « charte de qualité », je la qualifierai plutôt d’une « charte de bonnes conduites».   


V&G : lors de la création du CEAG, Les Entreprises du Voyage et le Seto avaient pris acte de votre volonté d’indépendance. Avez-vous depuis tissé des liens avec ces organisations ?
S.L : comme je vous le disais précédemment, nous avons travaillé avec Les Entreprises du Voyage sur le dossier concernant la taxe des comités d’entreprise. Depuis, l’instance professionnelle  a demandé au CEAG de siéger à son conseil d’administration pour représenter les groupistes. Concrètement, en tant que président du Cercle Economique des Agences Groupistes, je siège au conseil d’administration, et ce depuis octobre dernier.
Cela veut dire que, quelque part, il y a eu une reconnaissance du travail que l’on a mené jusqu’alors, parce qu’on arrivait à mobiliser nos adhérents, qui parallèlement peuvent être membres des Entreprises du Voyage et/ou du Seto… Le Cercle Economique des Agences Groupistes a réussi à créer une vraie proximité entre ses membres, certes parce que nous avons l’avantage d’être peu nombreux, mais nous avons une représentation légitime et légitimée par un métier spécifique qui nous unit. Et nous voulons rester libres et indépendants.


V&G : en créant le CEAG, il avait été décidé que chacun des membres restait indépendant sur sa production, donc forcément concurrents. Cela a-t-il constitué un frein dans vos échanges ?
S.L : pas du tout ! Cette situation n’a aucunement fait obstacle à nos échanges. Lorsque nous nous réunissons, nous ne parlons jamais clients (sauf de façon anecdotique !) mais essentiellement de nos préoccupations, de nos besoins.  On discute très librement entre nous, on compare nos expériences, on échange beaucoup sur nos fournisseurs, par exemple sur leur solidité financière, on réfléchit ensemble à des problématiques communes et notamment des positions à prendre vis-à-vis des clients lors d’un problème, etc.
On a tous des façons de faire très différentes et c’est justement cela qui permet à chacun d’entre nous d’apprendre et d’avancer. Toutes ces rencontres ont amené beaucoup de choses saines.  
Quand vous mettez des gens qui font le même métier autour d’une table, c’est beaucoup plus facile que de rassembler des personnes qui font des choses différentes! On a beau être concurrents entre nous, nous avons tous les mêmes préoccupations. Et c’est ce qui fait la force du Cercle Economique des Agences Groupistes. Dans notre histoire, on fait tous le même métier, et c’est pour cela que les gens ont adhéré, qu’ils viennent nous rejoindre.

V&G : diriez-vous que le CEAG a trouvé sa place aujourd’hui au sein des organismes représentatifs des acteurs touristiques ?
S.L : le Cercle Economique des Agences Groupistes a trouvé sa place parce qu’il a su intervenir sur des sujets propres à sa spécificité. Mais, il y a encore à faire, et ce n’est pas encore fini parce que c’est un travail de longue haleine. Il nous faut encore porter des idées et des projets.
En tout cas, il y avait nécessité à se regrouper, à être représenté. Après, tout est question de volonté, et c’est cette volonté à la fois individuelle et collective qui porte aujourd’hui le CEAG. Ce n’est pas autre chose. Et ce, sans rentrer dans des histoires de concurrence.

V&G : les problématiques d’hier pour un groupiste sont-elles toujours les mêmes aujourd’hui ?
S.L : tout a changé. Entre le métier que l’on faisait il y a trente cinq ans et celui que l’on fait aujourd’hui, tout est différent. En raison notamment des systèmes d’information existants. L’offre a changé, les clients ont changé… Ils sont attentifs, exigeants et font jouer la concurrence. Quel est le secteur où rien n’évolue ? C’est dans la logique des choses. S’il n’y a pas d’évolution, cela devient inquiétant.

V&G : comment se comporte l’activité des groupistes ?

S.L : l’année 2017 s’annonce plutôt pas mal. Il y a un marché, il existe, il y a une évolution sympa. Cela faisait deux ans que l’on avait pas ressenti une volonté de nos clients de partir loin. C’est à la fois positif et encourageant. Et ce malgré la conjoncture liée notamment au terrorisme. Finalement, on s’habitue à tout et la banalisation s’installe. C’est dramatique, mais c’est comme çà. L’Egypte et la Tunisie ont été rayées de la carte des envies de voyages. L’an passé, des destinations comme l’Afrique du Sud et le Sri Lanka ont bien fonctionné. Quant aux Etats-Unis, autre cas de figure, les choses se passent assez curieusement. Pour parler de Syltours, par exemple, nous avons des réactions très négatives de nos clients. Nous avions trois groupes prêts à signer et qui finalement ont décidé de ne pas partir. Est-ce que cela va perdurer ? Aujourd’hui, je n’en sais évidemment rien. Les histoires de visas ont été mal ressenties, auxquelles s’ajoutent le problème des bi-nationaux. Il faut sans cesse rester attentifs.
 

Propos recueillis par
Catherine Mautalent


 

(*) ceag.travel

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