ANALYSE

Forces et faiblesses

de six métropoles mondiales

Catherine Mautalent

Comment se positionne Paris et sa région face à ses concurrentes? La question est posée par le comité régional du tourisme, et le Centre régional d’observation du commerce, de l’industrie et des services de la CCI Paris Ile-de-France. Et les réponses dévoilées dans un premier volet comparatif axé sur la fréquentation touristique et l’hôtellerie, entre Paris/Ile-de-France, Londres, New York, Shangai, Tokyo et Bangkok.

Paris Ile-de-France, première destination mondiale

En 2017, l’Ile-de-France a accueilli 48 millions de touristes, dont 20,5 millions d’étrangers. Par rapport à 2014, avant les attentats de novembre 2015, la fréquentation a augmenté de 4,7% au global, et de 6,7% pour la clientèle internationale. Mais, la consommation touristique (20,5 milliards d’euros en 2017) est restée inférieure à ses niveaux de 2014 et de 2015.

La fréquentation en Ile-de-France est aujourd’hui dans une dynamique similaire, voire supérieure à celle de ces dix dernières années. Entre 2008 et 2017, les arrivées hôtelières ont progressé de 5,4%, grâce aux touristes internationaux (+11,9%). Au cours de cette période, les clientèles chinoise, proche et moyen-orientale et américaine ont particulièrement favorisé cette hausse. Les grands événements à venir tels que les JO de 2024, mais aussi la Coupe du Monde de Rugby de 2023 devraient encore stimuler ce dynamisme.

 

 

 

 

Londres, la principale concurrente

Londres, principale métropole concurrente de Paris Ile-de- France en Europe, a reçu 32 millions de touristes, dont 19,8 millions d’étrangers en 2017. Par rapport à 2014, la fréquentation a augmenté de 11,1% au global et de 13,9% pour les clientèles internationales. Depuis 2012, année où la capitale a accueilli les JO d’été, la fréquentation internationale a augmenté de 28,2%. Cet événement a fortement contribué à son rayonnement touristique à travers le monde, puisqu’entre 2008 et 2012, le nombre d’arrivées internationales ne progressait que de 4,8%.

Ses principales clientèles internationales sont les Américains, les Français, les Allemands, les Espagnols et les Italiens. Comparativement à Paris Ile-de-France, Londres accueille moins de touristes internationaux, mais les retombées économiques sont un peu plus importantes (13,6 milliards de livres sterling). Dans les années à venir, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait constituer un frein important au développement touristique. Les difficultés qui perdurent à trouver un accord d’ici au 29 mars 2019 laissent notamment en suspens les conditions de circulation des ressortissants britanniques et européens entre le Royaume-Uni et l’espace Schengen.

New York a moins de touristes internationaux

New York a enregistré 62,8 millions de touristes en 2017, dont 13,1 millions de visiteurs internationaux. Entre 2010 et 2017, la fréquentation a progressé de 28,7% au global et de 33,7% pour les clientèles internationales. Après une phase de forte croissance entre 2010 et 2013, le rythme de croissance des touristes étrangers s’est modéré en raison de la hausse du dollar face aux autres devises.

Toutefois, les marchés asiatiques, notamment chinois, sud-coréen et indien, n’ont pas montré de signes d’essoufflement. Comparativement à l’Ile-de- France, New York accueille moins de touristes internationaux, mais plus de nationaux en raison de l’importance du bassin émetteur domestique américain. Les dépenses étaient estimées en 2016 à environ 43 milliards de dollars, largement supérieures à celles de Paris et sa région.

 

 

Tokyo : touristes asiatiques en force

Tokyo a accueilli 13,1 millions de touristes internationaux en 2016. Par rapport à 2014, la fréquentation internationale a augmenté de 47,2%. L’assouplissement des mesures d’obtention des visas et l’accueil des JO en 2020 profitent pleinement à son dynamisme. Les touristes chinois sont particulièrement nombreux, attirés notamment par le shopping. D’une manière générale, les touristes viennent principalement de Corée, de Taiwan, d’Hong Kong et d’Inde. En 2017, les touristes internationaux ont généré 11,9 milliards de dollars.

 

 

Shangai : forte contribution du marché domestique

Shanghai a accueilli 7,2 millions de touristes internationaux en 2017. Comparativement à 2016, la ville - qui est l’une des principales destinations du tourisme chinois de loisirs et d’affaires - a enregistré une hausse de 4,2% de sa fréquentation. Le marché domestique a contribué en 2016 à hauteur de 86,5% à la consommation touristique totale (30,2 milliards de dollars). Cependant, malgré l’accueil de l’exposition universelle de 2010, Shangai peine à renforcer sa visibilité sur le plan mondial. Ses principales clientèles internationales sont des Taiwanais, des Japonais, des Sud-Coréens, des Américains et des Hongkongais.

 

Bangkok : progression due aux touristes chinois

Bangkok a accueilli 20,1 millions de touristes internationaux en 2017, qui ont généré 16,4 milliards de dollars. Par rapport à 2016, la fréquentation internationale a augmenté de 3,6%. Entre 2014, année où la loi martiale a été décrétée, et 2017, la ville a connu une augmentation de 18% du nombre d’arrivées internationales. La forte progression de la fréquentation touristique est principalement due aux touristes chinois, les autres clientèles internationales sont les Japonais, les Indiens, les Américains et les Sud-Coréens.

 

Une offre hôtelière francilienne particulièrement dense

Selon l’Insee, Paris et sa région disposaient de 2478 hôtels et 156 405 chambres en 2017. Entre 2010 et 2017, 136 hôtels et 6239 chambres se sont ajoutés à l’offre, grâce à la reprise des investissements stimulés par la hausse de la demande. Le développement hôtelier a été particulièrement dynamique à Paris, ainsi qu’en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine. Malgré la présence de pôles hôteliers importants autour de Disneyland Paris ou de l’aéroport de Roissy, Paris concentre près des deux tiers des hôtels et plus de la moitié des chambres. La mise en service du Grand Paris Express devrait permettre de mieux équilibrer l’offre sur le territoire francilien. De même, l’accueil des JO sera l’occasion de développer l’offre hôtelière francilienne hors Paris.

 

Londres : +11 000 chambres supplémentaires à l’horizon 2020

En 2017, Londres comptabilisait 1584 hôtels pour 137 261 chambres. Le développement de l’offre a été stimulé par l’accueil des JO de 2012. Entre 2012 et 2016, le parc hôtelier a ainsi gagné plus de 23 000 chambres. Sans compter une offre riche d’hébergements alternatifs (type B&B et chambres d’hôtes). En 2016, Londres disposait de 2582 hébergements touristiques, et de 197 624 chambres. Les locations Airbnb sont également en forte hausse où les autorités n’ont pas encore imposé de restrictions à leur développement. En outre, d’après London & Partners, l’offre hôtelière s’étoffera avec environ 11 000 chambres supplémentaires à l’horizon 2020.

New York, Tokyo, Shangai et Bangkok : capacités en développement

New York comptait 654 hôtels pour 119 131 chambres réparties dans les cinq boroughs de la ville, avec plus de 80% des chambres concentrées à Manhattan en 2017. Depuis 2010, le parc s’est enrichi de 201 hôtels et de 30 723 chambres supplémentaires. D’après les prévisions du New York City Office of Management and Budget, plus de 3800 chambres supplémentaires devraient être livrées d’ici 2021.

En 2017, Tokyo disposait de 553 hôtels et 116 421 chambres. Le parc connaîtra un fort développement au cours des prochaines années puisque, selon le dossier de candidature de Tokyo à l’accueil des JO de 2020, plus de 1800 projets de construction d’établissements hôteliers sont prévus dans un rayon de dix kilomètres autour du village olympique.

Toujours en 2017, Shanghai comptait 1485 hôtels pour 246 306 chambres. Ce nombre important de chambres doit être mis en perspective avec la superficie de Shanghai : plus de 60 fois celle de Paris, plus de 19 fois celle de Londres ou encore plus de huit fois celle de New York. En 2017, Shanghai proposait 38 chambres au km2, quand Paris en offrait environ 770, Londres 420 et New York 150.

Enfin, Bangkok comptabilisait 448 hôtels pour 89 361 chambres en 2017. D’après le rapport Thailand Industry Outlook 2018-20, Hotel Industry, Bangkok et sa région constituent la partie de la Thaïlande qui a le plus grand nombre de permis de construire pour de nouveaux hôtels, laissant présager une augmentation de sa capacité hôtelière dans les années à venir.

Taux d’occupation, prix moyens

En 2017, selon l’Insee, le taux d’occupation moyen en Ile-de-France, toutes catégories confondues, était de 73,2% (+6,1 points), mais toujours en retrait par rapport à 2014 (-1,9 point). Le prix moyen s’établissait à 145 euros (+3,6%). Grâce à la hausse conjointe du taux d’occupation et du prix moyen, le revenu par chambre disponible (RevPAR) a fortement progressé (+12,2%) pour atteindre 107 euros.

Le secteur hôtelier londonien a affiché un taux d’occupation moyen de 82% en 2017, stable sur un an. Le prix moyen était de 169 euros et le RevPAR de 138 euros (+4,1%). Les performances hôtelières s’expliquent en partie par la hausse de la fréquentation internationale, stimulée par le repli de la devise britannique depuis le référendum sur le Brexit.

A New York, le taux d’occupation moyen a atteint 86,7% en 2017 (+ 0,9 point). Le prix moyen était de 223 euros (-1,4 %), et le RevPAR de 194 euros.

A Tokyo, le taux d’occupation moyen s’est élevé à 86,6% en 2017 (+ 1,1 point). Le prix moyen était de 144 euros, et le RevPAR de 124 euros, en hausse respectivement de 0,5% et de 1,8 %. Le secteur hôtelier n’a pas pleinement profité du niveau élevé de la fréquentation touristique en raison de la concurrence très importante des hébergements alternatifs, qui connaissent un fort engouement favorisé par leur commercialisation sur Airbnb.

Le taux d’occupation moyen à Shanghai était de 75,1% en 2017, stable sur un an. Le prix moyen était de 83 euros, et le RevPAR de 62 euros. Enfin, le taux d’occupation à Bangkok s’est établi à 78,8% en 2017 (+1,4 point). Le prix moyen était de 86 euros et le RevPAR de 68 euros, en hausse respectivement de 1,5% et 3,4%.

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