Mathieu Faurie, directeur de l'EPT (Ecole Professionnelle de Tourisme, Paris et Lyon)

 

Voyages & Groupe : Dans les grandes lignes, comment s'organisent vos formations?

Mathieu Faurie : Elles sont sur un an. Nous proposons une dizaine de matières. Le tronc commun comprend géo, droit, techniques de réservations... assurées par des profs à plein temps, souvent d'anciens pros venus d'Amex etc. S'y ajoutent des spécialités optionnelles - agences de voyages, tourisme d'affaires, loisirs... - dispensées par des vacataires, des spécialistes, gens d'expérience encore en activité. Le voyage de groupe fait partie des options. Nos effectifs, c'est 1/3 de jeunes, 1/3 de reconversions et 1/3 d'adultes qui sont en activité et se réorientent. 

 

VG : Vous avez donc été frappés de plein fouet par le Confinement...

MF : Il ne faut pas dire ça : chez nous, personne n'a fait de chômage partiel puisqu'on a travaillé à temps plein ! Bien sûr, on a fermé les classes le 16 mars, mais on a procédé par visio, avec des regroupements pédagogiques d'une vingtaine d'élèves chacun. Paradoxalement, on n'a jamais eu une activité aussi forte, car pour ce qui est des problèmes de transport, ça se résumait à aller du lit à l'ordi... La réouverture physique est prévue à la mi-juin, sur la base du volontariat. Avec des salles de 6 élèves au lieu de 25. Cela dit, on va probablement conserver la solution visio, très pratique pour ceux qui, en parallèle, sont salariés à temps plein pour financer la formation.

 

VG : Vous êtes donc optimiste ?

MF : C'est toujours mieux de l'être face à une crise économique sans précédent. Elle frappe d'abord de manière classique, avec d'énormes baisses de revenus, des entreprises placées en redressement judiciaire ou en sauvegarde, dans le meilleur des cas, le gel des embauches. Concernant nos élèves, septembre-octobre ne sera pas le meilleur moment pour demander un stage ou une formation en alternance. Il ne fallait pas prendre en otage la génération 2020-2021, et nous avons envisagé de retarder le stage d'un an, mais il ne faudrait pas que ce soit reculer pour mieux sauter. Car dans un deuxième temps la crise impactera à nouveau l'économie. Le panier va diminuer. Les gens consommeront moins de voyages, le tourisme étant un bien de plaisir, il est en première ligne dès qu'il s'agît de faire des sacrifices. Les groupes seront comme les autres, sauf qu'il y a plus de personnes qui prennent la décision. Ceux qui tireront leur épingle du jeu, ce sont les voyagistes qui ont misé sur le sur mesure. Dans notre système de formation, il nous faut saisir la balle au bond, mener une réflexion sur les nouveaux services à offrir aux clients.

 

VG : Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement ?

MF : Je n'ai pas vraiment d'idée sur l'avoir, si ce n'est que, sans lui, les professionnels n'auraient pu rembourser, ils auraient perdu la confiance du consommateur. Mais l'avoir peut être un piège : en repoussant de 12 ou de 18 mois la dépense, il la décale ; du coup, elle ne se renouvellera pas l'an prochain. 

 

VG : Et la pression exercée par l'Etat pour garder les Français en France ?

MF : La libre circulation des gens fait partie des droits fondamentaux. On ne doit pas forcer les Français qui, de toute façon, resteront en majorité en France. En tout cas je ne crois absolument pas à l'essor des nouvelles destinations en France : les gens vont tous aller dans les gorges du Verdon, alors qu'il y a des centaines d'endroits méconnus en Europe... N'est-ce pas le moment ou jamais de les découvrir, parce qu'il n'y aura personne ? Mais les spécialistes de l'Europe ont un train de retard, quand l'épidémie est quasiment finie, à mon humble avis. On ne veut pas trop le dire. Beaucoup d'événements ont été annulés, accroissant les doutes. Avec ses hésitations, ses incertitudes, l'Etat n'a pas aidé. Je suis sûr que ça va reprendre plus tôt que prévu. Il faut que les Français sachent bien que toute l'Europe va rouvrir fin juin. Même l'Allemagne annonce la levée des gestes barrières en juillet. Même la Tunisie rouvre. L'espace intérieur des Etats-Unis est toujours resté ouvert, pourquoi avoir fermé l'espace européen ? C'est ainsi que les voyagistes ont pris tant de retard, alors que c'est celui qui court le plus vite qui va gagner. 

 

VG : Quel rôle votre école peut-elle jouer ?

MF : Je vois mon ami Guillaume Linton, d'Asia, qui se met à vendre de la France : bravo pour la souplesse, mais pour réussir il lui faut des compétences fraîches et des gens jeunes. C'est le moment de leur donner une chance, parce que lorsqu'on n'a plus assez de trésorerie, un jeune, ce n'est pas cher, ça peut même ne rien coûter, et ça, c'est formidable pour repartir. Pour accélérer. Un pays qui ne mise pas sur sa jeunesse où ira-t-il ? On a une saison à sauver, et même une saison à faire.

 

 

 

 

 

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Partager sur Linkedin
Please reload

Please reload

Nous suivre
  • Facebook Social Icône
  • LinkedIn Social Icône

TG Press - 9 rue du Gué - 92500 Rueil-Malmaison - Contact : pcossard.tgpress@gmail.com - 07 81 19 89 83