Adeline Kurban Fiani, présidente du groupe KTS

Voyages & Groupe : Avant toute chose, quelles sont les caractéristiques de votre groupe ?

Adeline Kurban Fiani : Nous avons plusieurs départements. Aya Désirs du Monde fait avant tout de la production sur mesure pour les groupes. Nous avons également un département pour le secteur affaires et les séminaires à l'étranger, sans oublier un réceptif pour la France et des agences distributrices. Sur 20 000 clients, nous sommes à peu près en moitié individuels, moitié groupes, des groupes qui vont de 10 à 3000 personnes. Cette répartition est à peu près identique pour ce qui est du chiffre d'affaires. 

 

VG : Cela permet d'avoir un œil sur toutes les facettes de l'industrie touristique ? 

AKF : Oui. Dès le 7 mars, toutes nos destinations ont été impactés. Ça avait commencé avec le Vietnam, pour enchaîner avec la Jordanie - où nous sommes très présents : ça a donc été très violent ! On n'a eu que l'Etat pour nous soutenir. Grâce au chômage partiel pour les salariés et au report du paiement de l'Urssaf ; restaient les charges fixes : Amadeus, les loyers... qui continuent à courir. On a dû accomplir une tâche monstrueuse : décaler 60 groupes, prévenir tous les passagers... tout ça en télétravail !

 

VG : Les rapatriements aussi ?

AKF : Très peu, car dès début mars, contrairement à d'autres, on a refusé de vendre le moindre forfait. Des clients insistaient, mais on préférait qu'ils ne partent pas. Quant à ceux qui étaient déjà sur place, je dois reconnaître que les compagnies aériennes ont assuré. C'est vrai aussi qu'on n'avait que des compagnies régulières et aucun charter. 

 

VG : Vous n'avez pas tenté de décaler sur l'été, même si ce n'est pas vraiment la saison des groupes ?

AKF : On n'a même pas essayé. On n'aurait pas su vraiment si ça allait ouvrir. Déjà sur 2021 on ne sait pas si ce sera le cas, s'il n'y aura encore la crise... Même si on nous avait fait des demandes, on aurait répondu : "S'il vous plaît, ne partez pas en juillet-août". On a préféré proposer des reports sur un an : renvoyer tous les voyages du printemps 2020 au printemps 2021. Cela a été payant : on n'a eu aucune annulation ! On a un décalage dans les rentrées, hélas, mais on n'a rien perdu. Il nous aurait été rigoureusement impossible de rembourser les clients, et le gouvernement a bien protégés les voyagistes avec le système de l'avoir sur 18 mois - pas pour rien que les compagnies aériennes en ont abusé en y ayant recours alors qu'elles n'y avaient pas le droit...  

 

VG : Mais ces délais ne vont-ils pas dissuader les clients de passer par les circuits professionnels: pourquoi passer par eux s'ils n'appliquent pas le remboursement légal ?

AKF : Je crois juste l'inverse, et les agences de voyages ont une carte à jouer : si les clients dont vous parlez avaient acheté un vol ou un hôtel sur Internet auprès d'un obscur site étranger, ils aurait été encore plus embêtés. 

 

VG : Mais le système de l'avoir peut mobiliser un gros budget, empêchant alors le client, s'il a réservé auprès d'un spécialiste de l'Asie ou de l'Amérique, de passer au moyen-courrier... ?

AKF : C'est vrai qu'étant très diversifiés, le problème de l'acompte ne se pose pas vraiment : on peut offrir du moyen-courrier. Cependant, c'est aussi le cas de tout voyagiste, à même de convertir cet avoir long courrier en produit France ! Rien ne les empêche d'utiliser leurs systèmes de réservation pour un séjour chez Pierre et Vacances ! En pratique, nos groupes ont, comme je vous ai dit, préféré reporter d'un an : les gens ont peur de toutes ces incertitudes. Nous avions un groupe en privatisation sur le Danube, mais le commanditaire m'a dit tout de suite : "On n'a pas le cœur d'y aller cette année ; et avec tous les pays qu'on va traverser, est-ce que les Français seront bienvenus partout ?" Le gouvernement en a trop fait. Il a fait peur à tout le monde et le résultat est là : que ce soit pour les groupes ou les individuels, les gens ont perdu confiance. Il faut faire avec.

 

VG : Comment sentez-vous la suite des événements ?

AKF : En réalité, le monde de l'aérien est beaucoup plus touché que le tourisme. Les avions, il y en avait trop. Mais le tourisme proprement dit, je ne pense absolument pas qu'il va changer. Le volcan, le tsunami : pas une année où il ne se passe quelque chose dans notre secteur ! Les gens oublient. Voyez comme ils ont déjà oublié Charlie Hebdo ! Ça va reprendre. Les gens vont revenir au fur et à mesure, peut-être pas avec la même frénésie, mais ils reviendront. 

 

VG : Vous n'avez pas peur que le Confinement ne crée un précédent, un réflexe systématique ? 

AKF : Franchement, si c'était le cas, je changerais de métier ! Ça a été trop dur. C'est épuisant. C'est une trop lourde responsabilité. 

 

 

 

 

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