Jean-Pierre Pinheiro, directeur de l'OT du Portugal et président de l'Adonet

Voyages & Groupe : Enfin sorti du confinement ?

Jean-Pierre Pinheiro : Je suis à titre exceptionnel au bureau : de petites choses à voir avec l'ambassade, qui est juste à côté. Sinon, nous fonctionnons efficacement en télétravail, bien que Zoom soit si frustrant. Cela dit, nous lançons un événement virtuel pour la réouverture des cafés aux Portugal, effective depuis le 18 mai. Nous voulions montrer ça en direct, mais nos barmen étaient trop occupés par la remise en route. On fera ça en duplex depuis des endroits emblématiques : Porto, Lisbonne, l'Algarve... même Amarante, village du Nord où nous avons un étoilé Michelin. Le 18, les musées ont également ouvert, juste le jour de la Journée Mondiale. Le 26 mai, on rouvre les restaurants. Le 1er juin, les plages : 3 m entre les parasols, 1,5 m entre les gens - sauf les familles, bien sûr. Pas de sport collectif sauf les groupes déjà formés. Ce mouvement d'ouverture est exponentiel. Les restaurants ont repris le label Clean & Safe. Pas facile la "distanciation sociale" en cuisine ! Notre organisation décernant déjà les étoiles, c'est Turismo de Portugal qui accorde le label. Les autorités sanitaires font des contrôles aléatoires pour s'assurer que Clean & Safe soit appliqué ; mais le client peut aussi faire remonter les infractions qu'il constate par Internet ou le livre de réclamations. Le label pourra être retiré. Nos 4300 entreprises de l'hôtellerie sont prêtes. Et même les logements vendus par plateforme. 

 

V&G : Qu'est-ce qui manque pour que ça reparte ?

JPP : Pour les groupes, la levée de la limitation à 10 personnes. Sinon, les liaisons aériennes. On en a quelques-unes, mais on discute avec les compagnies pour les renforcer dès juin ; Air France, Tap, ce sera plutôt juillet. Sur le terrestre, on est bloqué par la décision des Espagnols de maintenir leurs frontières fermées. Il y a aussi l'intransigeance française : juste pour qu'une équipe de techniciens vienne du Portugal réparer des avions, nous avons dû obtenir 4 dérogations. Et encore ! C'est bien parce que le Portugal a décroché le contrat de maintenance avec l'Armée de l'Air ! On attend avec impatience les prochains bilans français. Le Portugal a son label, la Grèce a son label, l'Allemagne va sortir son label, l'Italie a décidé de rouvrir, il y a des pourparlers pour des ponts aériens avec les Pays-Bas et l'Allemagne...  Il ne faut pas "faire avec", mais maintenir la pression. Je sais par des proches de Jean-Baptiste Lemoyne qu'Edouard Philippe est resté dans le flou pour les vacances en France ou à l'étranger pour faire le plein des régions. Cela a sa logique. Mais les Entreprises du Voyage et le Seto, très remontées au début pour refaire travailler agences et tour-opérateurs, n'ont pas du tout maintenu le régime. Pourtant, ils ne sauveront pas leur été en vendant la France ! Il faut rouvrir les frontières européennes, nous ne sortons pas de là, et faire comme si l'ouverture cet été, c'était acquis, au lieu de faire comme si, déjà, il fallait se résigner à rester dans son pays. On travaille les tour-opérateurs, qu'ils maintiennent leur prod Portugal. Nous allons faire des réunions Zoom avec la presse, nous participons à l'opération Chèque en Blanc de l'Association des Journalistes du Tourisme, qui facilite les voyages de presse, même quand les rédactions hésitent. 

 

V&G : Quels ont été les enseignements de la crise sanitaire ?

JPP : Responsabiliser les gens, au lieu de mettre des amendes. Pendant le confinement, on vous trouvait dehors, la police vous expliquait, vous invitait fermement à rentrer chez vous. Mais jamais d'amende. Et puis, nous avons annulé les manifestations quand c'était le moment. Concernant les festivals de juillet-août, certains seront peut-être reportés, mais le maintien reste d'actualité. Bon sang ! Pourquoi certains pays ont-ils annulé dès mars leurs festivals en août ? Même si le virus reprend, ça ne sera plus pareil, car tout le monde a vécu ça. On confinera localement dès le début. On sait que le masque est essentiel. Comme me disait mon collègue au Japon, rien que d'avoir le masque évite de porter les doigts à la bouche. Au début, on avait un peu honte de le porter : on n'était pas habitué comme en Asie. Mais désormais on le mettra facilement. 

 

V&G : Vous êtes également le président de l'Adonet - l'Association Des Offices Nationaux Etrangers du Tourisme. N'est-ce pas compliqué une action commune avec des cas aussi différents ?

JPP : Nous avons des réunions en visio. La prochaine le 4 juin. Une de nos préoccupations, c'est : comment fait-on avec la presse ? Il ne faut jamais cesser de communiquer. Pendant le Confinement on a fait rêver de nos pays. En virtuel. A présent il faut montrer qu'on est prêt. Qu'on est là. Toujours à l'échelon international, on a prévu une sorte de Davos du tourisme de demain. On a une date : 5-6 novembre ; un lieu : Evora dans l'Alentejo. On ne pouvait pas prendre une grande ville comme Paris ou Porto - Davos, c'est un patelin ! Nous montons ça avec le groupe media Eventiz, mais ça n'aura aucun sens si nous ne sommes pas suivis par toute la presse. Tout le monde va participer : les ONG, les étudiants de l'Université d'Evora... Il faut qu'on sorte de ces deux journées plénières avec du concret.

 

 

 

 

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