Teddy Vandrisse, commission Technique et Sécurité des parcs d'attractions

Propos recueillis 24 avril 2020

 

Les parcs d’attractions de France, et d’Europe, sont vides et à l’arrêt. Si un retour d’activité progressive se profile aujourd’hui, comment s’adapteront-ils aux nouvelles normes sanitaires, et à la distanciation sociale ? Eléments de réponse avec Teddy Vandrisse, commission Technique et Sécurité des parcs d'attractions.

 

 

Voyages & Groupe : Vous êtes PDG du parc d'attractions du Fleury (27 ha dans le département du Nord), vous êtes surtout à un poste-clef de la commission Techniques et Sécurité du Snelac : en quoi consiste votre travail face à la crise sanitaire ?

Teddy Vandrisse : Le Syndicat National des Espaces de Loisirs, d'Attraction et de Culture rassemble 256 parcs français, c'est-à-dire l'essentiel et tous les types : le Puy du Fou qui produit avant tout des spectacles, le Futuroscope où l'essentiel est en intérieur, Disneyland Paris et sa dimension internationale... Quelle que soit l'entité, un mètre de distanciation sera toujours un mètre. A Fleury, on fera des traits au sol. D'autres mettront des barrières métalliques. On est dans la double gestion du stress du visiteur : ses inquiétudes lorsqu'il se demande si on a pris en compte tous les risques, aussi le stress engendré par les mesures elles-mêmes. Il faut conditionner le visiteur en amont, sur Internet ou nos applis, pour qu'il se fasse une idée des moyens de prévention mis en place, et préparer aux changements ceux qui connaissent déjà nos sites. Que ça reste un moment de plaisir, car on peut faire mieux que la norme si ça reste ludique ! 

 

VG : Les grandes lignes ?

TV : Nous avons élaboré une charte que le gouvernement doit examiner. Il fallait être tous raccord, pour éviter que le touriste ne se dise : « Je sors de chez Astérix : on prenait telle précaution, pourquoi ici ne le font-ils pas ? » Selon qu'elles sont garées en bataille ou en épi, qu'il y a un seul ou vingt points de stationnement, on a décliné les manières d'éviter les voitures collées sur le parking. Le paiement se fait en CB, si possible sans contact, en décourageant l'utilisation des espèces. Nous appliquons, bien sûr, la dé-densification des boutiques et restaurants. Un de nos axes est le port du masque, jetable pour le visiteur, lavable pour le salarié - que nous n'oublions jamais. C'est collégialement qu'on a décidé de l'ouverture dès le 11 mai - qui est à peu près notre date d'ouverture normale. Pour les manèges, on désinfecte ses mains avant de monter, dans une voiture sur deux, et on re-désinfecte quand on en descend. On ne sépare pas les familles confinées sous le même toit. Peut-être des gens dont ce n'est pas le cas se mettront-ils ensemble : on peut faire 99% de sécurité, le 1% restant, le visiteur doit prendre conscience que c'est à lui de l'assurer. 

 

VG : Pensez-vous avoir du mal à convaincre du danger ?

TV : Au début, certains n'y croyaient pas. Le Confinement lui a donné une réalité, tout comme les rituels du nombre de décès, les applaudissements à 20 h : dans la commune où je vis, croyez-moi, ça applaudit ! On avait peur qu'à la faveur du Confinement, des voyous ne pillent bureaux et boutiques restés déserts. Ça n'a pas eu lieu. Ici, dans le Nord, les gens ont acquis le respect de cette sécurité, du Confinement. Je suis allé à Valencienne : personne. On avait l'impression qu'un cataclysme était passé par là.

 

VG : Ces mesures sanitaires entraînent-elles un surcoût en personnel ?

TV : Nos parcs engagent des référents sanitaires en plus du référent sécurité, mais ces mesures nécessitent aussi d'avoir plus d'opérateurs, bien entendu. A Fleury, on est passé de 120 à 140 personnes.

 

VG : Des intérimaires ?

TV : On préfère de vrais contrats de différentes durées. Dans le milieu des parcs, 65 à 80% des salariés n'ont pas de diplôme. Mais ils sortent avec de nouvelles compétences. Notre attention s'est portée sur le parcours sanitaire du salarié. Des choses étaient déjà en place contre les infections, pas contre le viral. On s'arrange avec la distanciation, et on a un système de surveillance mutuelle qui existait déjà pour être toujours en vue d'un collègue, au moins, en cas de malaise ou d'insolation. Pour leur restauration, on a des zones de lavages particulières : c'est par les mains que se véhicule surtout le virus. S'ajoutait un impératif dû à la vocation du parc : rester dans le respect de l'écologie, du local - avec des masques de fabrication française, en vérifiant la composition des gels. 

 

VG : L'ouverture des frontières peut-elle jouer sur vos rentrées ? 

TV : Au Fleury, 17% de nos visiteurs sont belges, sur 20% de clientèle étrangère. Je pense qu'on ne sera pas trop impactés : on n'aura pas de Belges les 15 premiers jours, mais les chiffres de contamination étant les mêmes, il serait logique qu'on puisse passer d'un pays à l'autre. Une société belge monte déjà une de nos attractions : juste un peu de paperasse pour passer la frontière. On a plus d'interrogation sur les groupes : 38% de la clientèle. Déjà des mairies nous réclament des devis pour après le 15 juillet. On rouvre les centres aérés : si les parents travaillent, ils ne pourront pas faire garder les enfants par les sujets à risque que sont les grands-parents. Certains d'entre nous joueront aussi ce rôle. Je ne peux pas imaginer qu'en sortant du Confinement, les Français ne se distraient qu'en faisant du shopping. Ils voudront des loisirs ! Nos parcs feront entre 35 à 40 % de pertes, qu'ils ne rattraperont pas en 2020 mais peut-être en 2021, en ouvrant plus tôt - si le temps est aussi clément que cette année.

 

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