• Jean-François Bélanger

Air France/KLM : un sauvetage à 10 milliards d’euros


Auditionnés par le Sénat, le 23 avril 2020, les dirigeants d’Air France/KLM avaient promis un plan d’économies basé notamment sur la rationalisation du réseau domestique, assorti de meilleures pratiques environnementales. 48 heures après, Bruno Le Maire annonçait l’aide de l’Etat, soit 7 Mds€, tandis que l’Etat néerlandais annonçait de son côté une aide de 2 à 4 Mds€.

Le secteur aérien est confronté à un épisode inédit. Selon IATA, les pertes des compagnies aériennes atteindront, en 2020, 314 Mds€, dont 82 milliards pour les seules compagnies européennes.

« Des compagnies feront faillite et cela a déjà commencé », prévient Ben Smith. Une situation catastrophique qui a justifié l’audition des dirigeants de la compagnie par la Commission de l’Aménagement du Territoire et du Développement Durable du Sénat, le 23, avril dernier.

Aujourd’hui, le transporteur effectue à peine plus de 2% de ses opérations : 5 vols long courrier, 15 vols moyen et court courrier, avec une desserte domestique limitée à trois liaisons depuis Paris vers Toulouse, Marseille et Nice, ceci jusqu’au mois de mai.

Selon les observateurs, avec un coefficient de remplissage autour de 40% pour une telle offre, ce sont 25 M€ de pertes qui s’accumulent quotidiennement. En estimant à 6 Mds€, le niveau d’avant-crise de la trésorerie de l’entreprise, on imagine l’urgence des premières décisions.

Alors qu’une nationalisation de l’entreprise ne semble plus à l’ordre du jour et que le Secrétaire d’Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, lui préfère une recapitalisation, c’est le ministre de l’Economie et des Finances qui joue le pompier de service.

Les 7 Mds€ promis consisteront en 4 milliards de prêts bancaires garantis par l’Etat, plus 3 milliards en prêts directs de l’Etat. Pour situer les choses, et pour ceux qui se rappellent de l’aide apportée par la France, en 1993, celle-ci portait sur 20 milliards de Francs. Celle annoncée vendredi pèse plus du double ! Et à ce montant, s’ajouteront les 2 à 4 milliards annoncée par l’Etat néerlandais.

Plus d’écologie et moins de trafic domestique

En compensation, le groupe aérien s’était engagé, devant le Haute Cour, à être plus vertueux en matière environnemental : diminuer de 50% ses émissions de CO2 en 2030 par rapport à 2005, conformément à l’accord de Paris. La moitié du chemin est déjà fait.

Ben Smith souhaite que sa compagnie soit « un acteur moteur de la constitution d’une filière du bio carburant aéronautique, pour réussir le Green Deal européen ». Anne Rigail, directrice générale du groupe Air France/KLM, précise : « nous allons accélérer la sortie de la flotte de nos avions quadri moteurs les plus pollueurs, Airbus A 340 et A 380, au profit des Airbus A 350 et Airbus 220, qui consomment respectivement 25% et 20% de carburant en moins ».

Autre piste, l’accélération de la rationalisation de l’offre domestique. Avant la crise sanitaire, en vue de la restauration de ses marges, Air France avait entrepris un ajustement continu de la desserte domestique depuis 2006, avec une diminution de 40% de son offre et de 53% de ses effectifs régionaux.

Insuffisant, puisque ce secteur a encore généré, en 2019, 200 millions de pertes annuelles. Une diminution supplémentaire de 18% de l’offre intérieure aura lieu. « Nous devons travailler collectif sur la complémentarité des modes », indiquait au Sénat Anne Rigail.

Retrouver le trafic de 2019… en 2022

Le chemin sera long. La distanciation sociale, qui limite à 66% le taux d’occupation des cabines, coûte 20% de rentabilité. En 2019, malgré une diminution de ses coûts de 2%, la marge opérationnelle d’Air France était de 1,7%, contre 9% chez Lufthansa et de 14% chez British Airways.

En attendant, Air France prépare la reprise. Les Etats-Unis, le Brésil, le Japon… sont les priorités de Ben Smith, en fonction des décisions gouvernementales. En juillet la compagnie envisage le retour de 30% de ces vols. Puis au-delà, un retour au niveau de trafic de 2019 pourrait s’envisager en 2022…

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