Guillaume Moizan, directeur de Mirabelle Tours

Propos recueillis le 16 avril 2020

 

Rencontre avec Guillaume Moizan, réceptif, guide-conférencier et directeur de Mirabelle Tours, qui craint que le tourisme ne soit pas du tout prioritaire à la reprise.

 

 

Voyages & Groupe : Vous êtes guide-conférencier en Lorraine, concrètement, comment avez-vous vécu l'arrivée de la crise ?

Guillaume Moizan : Les annulations ont commencé le 5 mars : un groupe de Mexicains. Avec la fermeture des aéroports, 100% des groupes étrangers ont annulé. A commencer par mes groupes pour le Smithsonian Institute ainsi que ceux d'un organisme de voyages lié au New York Times. Les Américains se sont décommandés très tôt, suivis par ma clientèle hispanophone. Pour les groupes français, ce n'est pas fini : plus on avance, plus il y a d'annulations. Face à l'incertitude, je suis sûr d'une chose : le tourisme ne sera pas du tout prioritaire à la reprise. Je ne crois pas en l'été : le secteur restera affecté jusqu'à l'automne - dans le meilleur des cas. A plus forte raison en ce qui me concerne : l'été n'est pas la saison des groupes, parce que cela vise surtout une clientèle qui redoute les fortes chaleurs. Les groupes de seniors seront, si j'ose dire, très frileux en juillet-août. Alors, oui, il reste les groupes scolaires, mais s'il y a déconfinement des écoles, la priorité sera de rattraper les cours, pas de disperser les élèves en voyages de fin d'année. Me voilà donc à l'arrêt. Complet.

 

VG : Vous avez d'autres activités ?

GM : Non, le tourisme est ma seule activité. Avec deux grosses thématiques. La première, c'est la Grande guerre et la Seconde guerre mondiale : Verdun, mais aussi la Champagne avec le fort de la Pompelle, près de Reims, la Somme, et puis la campagne de Lorraine de 1944, entre Metz et Saint-Avold : beaucoup d'Américains, même s'il m'arrive de faire un circuit "guerre de 1870" pour... des Espagnols. Ce tourisme de champs de bataille représente 60% de mon chiffre d'affaires et de mes clients. Le reste, c'est l'œnotourisme, avec le champagne, avant tout, même si les vins de Moselle m'entraînent jusqu'au Luxembourg. Le statut de guide-conférencier a subi une très large refonte. Plutôt en mieux : j'ai le droit d'exercer à l'étranger, et même au château de Versailles ! Mais je ne me lancerais pas sur des thématiques que je ne maîtrise pas... 

 

VG : Vous êtes installé dans un village entre Bar-le-Duc et Verdun. Comment vit-on la situation, localement ?

GM : C'est un milieu rural : on a très peu de cas de coronavirus. Le Confinement n'en est pas moins respecté très sérieusement. Au supermarché, on fait ce qu'il faut. Psychologiquement, cela se vit bien parce que plus ou moins tout le monde a un grand jardin, mais économiquement, la situation économique touche beaucoup de gens. J'ai calculé que seuls 50% ont gardé du travail. 

 

VG : Et à titre personnel, comment tenez-vous le coup en attendant la reprise ?

GM : Mirabelle Tours est une SARL. Avant-hier, j'ai reçu les fameux 1500€ de la part du gouvernement. En parallèle, j'ai fait des demandes auprès de l'Urssaf pour un report de charges - qui pourrait, avec un peu de chance, se transformer en aide : j'espérais 500€, mais je n'ai pas de nouvelles... On lit tant de choses sur les compléments du fonds de solidarité ! Un tout autre genre de compensation, c'est de rester à la maison en une saison où, d'habitude, je suis très absent, et m'occuper de mes deux enfants, encore jeunes - leur maman, prof, est mobilisée par le télétravail. J'en profite également pour mettre à jour ma page Web. J'entretiens aussi les prospects que je n'ai pas pu voir au salon Rendez-Vous en France, qui devait se tenir les 24 et 25 mars et a été annulé : un moment important pour mon activité. J'appelle donc un à un chaque contact : on a le temps de parler, en ce moment. Je suis aussi beaucoup de conférences de formation sur Internet ; et tant qu'à ne rien faire, pourquoi ne pas apprendre une nouvelle langue ? Je propose déjà français, anglais et espagnol. Je devrais me mettre à l'allemand : il y a un marché. Ce ne sera pas si dur, car j'en ai quand même fait sept ans. Il est un peu tôt pour savoir comment et quand les choses vont évoluer. Mon bilan comptable, c'est le 31 août. J'espère qu'à partir de septembre j'aurai un bilan positif. J'ai cependant toute confiance dans les années qui viennent.

 

 

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