• Dominique de La Tour

Stéphane Rouziou, directeur d'Oise Tourisme

Propos recueillis le 6 avril 2020

Voyages & Groupe : Comment cela se passe-t-il chez vous ?

Stéphane Rouziou : La situation française a commencé dans l'Oise 15 jours plus tôt que dans le reste du pays. Notre centrale de réservation de résidences hôtelières a perdu 34% du volume d'affaires. Ce chiffre recouvre des meublés qui servent au tourisme, individuel ou de groupe, aussi à l'hébergement temporaire de cadres, notamment des travaux publics. Il est vrai qu'en 2019, cette centrale avait fait 30% de plus et connaissait une petite croissance : retour au point de départ ! Mais il y a eu plus d'annulations que de reports - juste 25%. On a perdu 620 millions d'euros en consommation touristique... tout en ayant à débourser les frais fixes ! Les annulations nous affectent énormément, même si Oise Tourisme est juste apporteur d'affaires : nous mutualisons en aval les demandes pour une dizaine d'OT. Pour les groupes, nous montons les produits avec le client, puis le dirigeons vers l'OT le plus pertinent. On amène le client, après il fait sa vie. Le Covid-19 est arrivé en plein dans les trois mois les plus importants pour les groupes.

VG : Comment cela s'annonce-t-il ?

SR : Le confinement se fait à l'heure des nouvelles techno : le partage de documents, la visio-conférence, c'est plus sympa qu'un mail, et on prend davantage des nouvelles de chacun. Pour certaines missions c'est plus compliqué quand on n'est pas face à face. Il y a des missions difficiles en télétravail. Nous avons alors permis à ceux qui ne peuvent plus les accomplir d'acquérir des compétences en suivant des mooks. Aux uns beaucoup de boulot, aux autres, se former. Pas inintéressant pour un manager ! Si nous sortons la totalité des outils de prospection, tant papier que numérique, pour septembre, nous serons contents ! Septembre-octobre, chez nous, reste une belle période pour les groupes. Même si on ne comble pas l'écart.

VG : Avoir été parmi le premiers départements à avoir été impacté, est-ce, finalement, un avantage ?

SR : Nous en avons eu une expérience plus précoce du confinement, en effet, et le public a tendance à se dire : premiers entrés, premiers sortis ! Qui sait ? Peut-être pensent-ils même que les habitants de l'Oise sont immunisés ! On a quand même souffert de cet "Oise bashing" - pour employer cette expression éculée -, avec, le 24 février, cette énorme explosion des hashtags : "Oise coronavirus" ; on a eu droit aussi à ces articles dans les grands journaux avec des photos de rues avec personne ! Paradoxalement beaucoup ont ainsi découvert l'Oise : ils ont découvert... ce dont ils étaient privés ! Et même si, au départ, voir que c'était la porte à côté les a inquiété, Parisiens et Lillois ont gardé en tête cette proximité ! Il nous faut montrer que l'Oise est proche, promesse de déconnection.

VG : Et la sortie de confinement ?

SR : On est dans le brouillard. La seule chose dont on soit sûr, c'est qu'en fin de confinement, tout le monde voudra prendre le marché. On va avoir du dumping. On préfère donc s'attaquer tranquillement à la nouvelle tarification. Et puis, il fallait régénérer notre offre, crise du Covid ou pas. Et là, on a plus de temps. Nous avons repensé les réseaux sociaux. Plus de contenu enrichi. Car à la sortie de confinement, il y aura aussi engorgement de la communication. Nous sommes conscients que si l'Oise a des châteaux, il y en a aussi ailleurs. Tablons donc sur l'insolite, même si le logement insolite ne concerne pas vraiment les groupes, la visite du fabricant de chaussettes Kindy leur plaît beaucoup, tout comme cette usine où on fabrique des clous. On veut ré-enchanter l'offre. Et s'assurer d'être dans les bacs.

VG : Est-ce que les mesures sanitaires prises dans l'Oise se sont limitées aux frontières du département ?

SR : Non. Mais c'est toute la question des périmètres géographiques que vous soulevez là ; attention aux périmètres géographiques : le visiteur s'en moque ! Ce qui les attire, ce sont les canaux de Conflans-Sainte-Honorine à Compiègne, et même jusqu'à Aix-la-Chapelle. Il faut se mettre dans la peau du visiteur. Avec la géolocalisation, toute notion administrative est remise en cause, et l'immense majorité des touristes a un Smartphone. Il faut s'affranchir de ces frontières, sinon on perd de la valeur ajoutée.

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