• Dominique de La Tour

Marc Richet, directeur général du CRT de Touraine

Propos recueillis le 6 avril 2020

Voyages & Groupe : Comment la Touraine a-t-elle réagi à la crise sanitaire ?

Marc Richet : Tous nos collaborateurs ont été mis en chômage technique. Nous avons alors voulu les préparer dès le départ à la reprise, en mettant en place un petit cycle de formation sur la post-crise : 24h après, nous avons dû arrêter de le proposer... Il y avait trop d'inscrits. C'est un modeste indicateur, mais on le sent bien : il révèle l'envie que tout le monde a de se battre. Et ils font vite leurs armes.

VG : A l'heure où tout le monde parle d'aides et espère les toucher, croyez-vous qu'il y aura des aides pour tout le monde ?

MR : Au CRT, on s'est moins positionné vis-à-vis d'aides éventuelles, qu'en visant à changer la donne. Certes, on n'a pas encore finalisé l'axe pour se relancer ; en tout cas, on va travailler la clientèle parisienne, notre clientèle naturelle, et la clientèle étrangère, bien entendu. Nous avons un fichier de 9000 contacts qui est en sommeil.

VG : Ne craignez-vous pas que la reprise ne débouche sur une augmentation des prix ou autres abus pour rattraper le temps perdu ?

MR : Je ne dis pas que les gens n'ont pas peur de ne pouvoir assurer leur avenir, mais à moins d'avoir une très courte vue : les abus ne sont plus possibles désormais : les réseaux sociaux rectifient tout de suite le tir. La réputation sur Internet joue de plus en plus aux yeux des professionnels. Ils y font très attention. Non. Pour la reprise, nous spéculons au contraire sur une évolution fondamentale du tourisme. Je vois la multiplication de groupes plus petits, des groupes avec des individus qui, marqués par la crise sanitaire, voudront être plus espacés dans les cars. Je vois aussi l'apparition de groupes plus affinitaires : plus seulement des couples, mais des gens qui se connaissent, ou voudront se revoir, tels ceux qui, pendant le Confinement, ont fait ces fameux apéros par Internet. Ces deux tendances existaient déjà dans la demande des groupes. Celle-ci était en pleine transformation. La crise va avoir un effet accélérateur.

VG : Vous parlez de changer la donne, mais vous repartez forcément avec le même patrimoine qui, lui, ne peut se renouveler...

MR : Bien sûr. Nous avons les châteaux, mais aussi des jardins, et de la viticulture, évidemment : tous ces acteurs sont certes déjà présents, mais cette fois-ci, prêts à se fédérer, pour donner du sens dès que ça repartira. Ce que tous les opérateurs nous demandent, c'est de renouveler le genre avec ce que nous avons : c'est ainsi que nous avons conçus des Noëls au château. A la clientèle des groupes aussi, nous allons offrir une dimension de partage. Des gens qui ont été confinés longtemps vont redécouvrir le plaisir de prendre un verre en terrasse, de rencontrer un vigneron, des choses très "expérientielles" pour employer ce concept américain que je n'aime pas. Notre réflexion, c'est de voir comment on pourrait adapter le rapport personnel, ce côté intime au marché du groupe. Avec en vue le slow tourism pour tous : l'émotion, la sensibilité accessible au groupe... groupes plus petits, c'est entendu, pour mieux faire ressortir la richesse locale. Le voyage était tellement dévalué ! On ne voyageait plus que sur le mode de la consommation. On allait à Saint-Pétersbourg et à New-York presque sans y penser. C'était normal. C'était banal. Le balancier allait tellement loin ! Je suis sûr que la dimension culturelle - au sens large - va prendre le dessus. Avec un tourisme moins superficiel.

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