Bruno Goval, directeur de l'OT de Lille-Métropole

Propos recueillis le 6 avril 2020

 

Voyages & Groupe : Comment avez-vous vécu la crise sanitaire et le confinement ?

Bruno Goval : Pour les 40 personnes employées par l'office du tourisme, on a naturellement eu recours au chômage partiel. Le personnel d'accueil a été affecté à d'autres tâches. Cependant, ce n'est pas toujours si simple : cela coûte parfois cher à une entreprise d'occuper les gens à des choses qu'ils ne savent pas faire. Parfois, ce serait mieux de les laisser inactifs. 

 

VG : Pour ce qui est des groupes, quelle était la situation du tourisme à Lille et sa métropole, juste avant la venue de la crise ?

BG : Côté groupes, l'année avait vraiment très bien démarré : on avait vendu beaucoup de séjours, mais aussi des circuits d'une journée. Au fur et à mesure, on a essayé de joindre les clients pour reporter les forfaits. Certains se sont juste reportés, s'engageant sur juin ou sur l'automne. Du reste, les organisateurs veulent des assurances sur les tarifs, et les hôtels ont joué le jeu. Ils ont déterminé des périodes avec ces garanties tarifaires. Dans l'ensemble, ça se passe donc plutôt bien. Client, intermédiaires, prestataires : tout le monde se montre compréhensif. C'est maintenant sûr que le printemps sera probablement très calme. quoi qu'il arrive, plutôt qu'une offre lointaine, on aura une offre locale : Paris, la Normandie... On va les inviter à découvrir cette proximité qu'on avait, eux comme nous, un peu négligé. Tout cela, toujours dans un esprit de dépaysement. On va essayer de mieux connaître cette clientèle de groupes. Qu'est-ce qu'elle souhaite ? Comment évolueront demain ses envies ? Des alternatives contradictoires se font jour : cette clientèle aura-t-elle tendance à se montrer grégaires après le confinement, pour retrouver l'envie de partager, ensemble ? Ou au contraire voudront-ils plus d'espace ? Peut-être y aura-t-il des deux ! en tout cas, je crois au regain. Y compris à des dates pas très lointaines.

 

VG : Une clientèle 100% française, donc ?

BG : Pas forcément. Mais en tout cas je pense que s'il y a une clientèle étrangère, ce sera une clientèle de proximité. Une clientèle groupe qui ne voudra pas partir sur du trop lointain, qui voudra se remettre le pied à l'étrier avec des destinations dépaysantes, certes, mais proches. Les Belges ce n'est pas un problème, c'est acquis, mais je suis sûr qu'on a des parts de marché à conquérir à Cologne ou dans la Ruhr. 

 

VG : Vous avez un plan de relance clair ? Au moins des grandes lignes ?

BG : Pour un plan de relance - ou de redémarrage, j'ai envie de dire - il faut absolument que nos hôteliers fassent des offres très incitatives pour juillet-août. Cependant, afin de redémarrer pour de bon l'économie par la consommation, il faut s'assurer que la qualité soit au rendez-vous, sinon... Oui, il faudra à coup sûr une attitude responsable, surtout pas que chacun se dise "Allez ! On va se servir !" et que le touriste sente qu'on le prend pour une vache à lait. Il faut offrir une ambiance. Une rupture avec le quotidien du client potentiel. Tout ce qui casse l'uniformité même si on trouve des choses en commun avec le reste de la France. L'architecture flamande n'a rien à voir avec celle de Nancy. Par chance, notre tourisme urbain est original. Les commerces indépendants sont le cœur battant de nos villes, tels les estaminets même si c'est parfois galvaudé. Personnellement, je redoute cette uniformisation qui inonde les centres ville avec ses enseignes internationales qu'on voit partout. Il faut donc être très, très vigilant. Plus que les chefs qui font la même cuisine sophistiquée, j'aime le retour de la cuisine du jour. Car ici, on a une culture qui veut offrir de l'émotion. 

 

 

 

 

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