• Catherine Mautalent

Trop de touristes ou pas assez ?

Le 29 mai, Frédéric Taddeï recevait Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage, Josette Sicsic, directrice de Touriscopie et Maria Gravari-Barbas, directrice de l’équipe interdisciplinaire de recherche sur le tourisme à Paris I Sorbonne, dans le cadre de l’émission Europe 1 le débat. Son thème : « trop de touristes ou pas assez ? ». Voyages & groupe n’a pas manqué ce rendez-vous. Synthèse.

Pour Jean-Pierre Mas, « il pourrait y avoir plus de touristes. Aussi, je soutiens l’ambition du gouvernement des 100 millions de touristes car le tourisme, c’est de l’emploi, c’est du développement économique… Je répondrai donc qu’il n’y a pas assez de touristes (…) Je pense que celui qui a pris le mieux conscience de ce secteur, c’est Laurent Fabius. Il a compris qu’il était porteur pour l’image de l’Hexagone, et qu’il fallait contribuer à sa promotion. C’est vrai que le tourisme en France, ça c’est longtemps fait comme de la cueillette, c’est-à-dire qu’on pensait que cela venait tout seul, c’était naturel, et les politiques avaient un regard distant, voire condescendant sur l’activité. Hors, le tourisme, c’est une industrie et comme toute industrie, cela s’organise ».

« A l’origine du tourisme de masse, ce dernier était alors enclavé, organisé et aménagé sur les territoires, poursuit Maria Gravari-Barbas. Aujourd’hui, on est devant un tourisme diffus, qui souhaite vivre comme les locaux, et là on est devant des problèmes totalement inédits (…) Les politiques réalisent aujourd’hui qu’il faut réguler le tourisme. On ne peut plus rester dans une logique de cueillette.Ce qui est nouveau, c’est tout cet ensemble de mesures de régulation, progressivement mises en place et en train d’être testées dans différentes villes européennes, dont on ne peut encore mesurer les impacts ».

Pour Jean-Pierre Mas, « la façon de réguler passe par l’anticipation, et en France on n’anticipe pas, on réagit. Il n’y a pas de plan d’aménagement touristique ».

« Le principal problème aujourd’hui ce sont les low cost, estime Josette Sicsic. Il y a dix ans, il y avait, par exemple une cinquantaine de vols entre la France et le Portugal par semaine, aujourd’hui, il y en 540 ! Vous multipliez ce phénomène sur l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, et cela donne une idée du nombre de touristes qu’il peut y avoir sur les destinations».

Des propos qui ne passent pas pour Jean-Pierre Mas : « je suis attéré par cette conception élitiste du tourisme. Le transport aérien, ca se démocratise, c’est le cours de l’histoire ! Faudrait-il arrêter la construction d’automobiles parce qu’elles polluent ? ».

Et Josette Sicsic d’insister :« ce qui anime les pays aujourd’hui, c’est la course aux touristes ! Au nom des recettes qu’ils peuvent engranger, on court après les touristes, encore et encore, sans se rendre compte des dégradations engendrées sur les territoire au détriment de l’environnement, des populations locales, d’un artisanat, etc. Allant jusqu’à dénaturer les infrastructures touristiques elles-mêmes. Mais, les gouvernements n’entendent pas ces aspects (…) Certes, le tourisme contribue à valoriser un territoire. Mais, dès qu’il y a afflux de touristes, la qualité baisse et les prix augmentent. De plus, la cohabitation avec les habitants devient de plus en plus difficile. Il y a nécessité, non pas à homogénéiser, mais à segmenter, à nuancer ».

« Le tourisme, ça s’organise, martèle Jean-Pierre Mas. On n’est pas obligé de le concentrer sur les mêmes lieux. Il faut avoir de l’imagination pour créer de nouveaux lieux, de nouvelles attractivités ».

Et Maria Gravari-Barbasde conclure : « on est à un moment où il faut réinventer le tourisme. On est devant la fin d’un tourisme, tel que nous le connaissions jusqu’alors. Il s’agit de réinventer des pratiques, des approches, une nouvelle commercialisation des lieux et des prestations ».

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