PORTUGAL

Etat des lieux

Texte et photos : Jean-François Bélanger

22/03/2019

Après des années de croissance soutenue, surtout sur le marché français, le tourisme portugais enregistre une pause de sa fréquentation internationale. Lors du salon du tourisme portugais, Bolsa Turismo Lisboa (BTL), ses promoteurs veulent poursuivre la diversification des destinations et accroître la valeur ajoutée des prestations.

Le salon le plus important et privilégié du secteur du tourisme au Portugal, Bolsa Turismo Liboa (BTL) a eu lieu du 13 au 17 mars derniers, dans le cadre du Parc des Nations de Lisbonne. Sa particularité ? Celle d’accueillir à la fois des professionnels et le grand public. En 2017, la manifestation avait reçu 77 000 visiteurs.

 

Pour la partie professionnelle, cette 31ème édition 2019 s’est sensiblement élargie, occupant les quatre halls du Parc des Nations, avec 1400 exposants, soit une progression de 21% par l’année dernière, totalisant 40 000 m² de surface d’exposition. Pour les rencontrer au cours de plusieurs milliers de rendez-vous pré-programmés, 400 acheteurs internationaux étaient présents, en provenance de 48 marchés du monde entier. Parmi eux, la délégation française comptait une douzaine de professionnels issus de l’ensemble des métiers du tourisme : producteurs, groupistes, distributeurs… acheminés par la compagnie TAP Portugal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Une partie de la délégation française au BTL.

 

La croissance du tourisme marque une pause

 

La compagnie nationale portugaise a désormais une desserte quasiment complète depuis Paris et les principales villes régionales vers le Portugal. Elle la complètera encore avec une liaison Bâle-Mulhouse/Lisbonne, à partir du 31 mars, et une autre, Lyon/Porto, à partir de septembre 2019. « C’est au départ de Lisbonne que nous portons aujourd’hui nos efforts, avec les ouvertures échelonnées, entre juin et septembre, vers Conakry, Banjul, Tel-Aviv, San Francisco, Washington et Chicago. Désormais, plus de 60% de nos clients au départ de France vont au-delà du Portugal », indique Carlos Correia, directeur commercial de TAP Portugal à Paris. Un développement qui suit l’entrée au capital de David Neeleman, patron de la compagnie brésilienne Azul, et qui pourrait se traduire par une certaine répartition entre France et Portugal, avec une autre compagnie, Aigle Azur, dont il est aussi actionnaire.

 

Autour de TAP Portugal et d’Aigle Azur, le tourisme français au Portugal a disposé des moyens nécessaires à son fort développement au cours de ces dix dernières années. A ce jour, ce ne sont pas moins de 524 vols par semaine, au départ d’une vingtaine d’aéroports français, qui ont été dénombrés par le bureau de l’office national du tourisme du Portugal de Paris. La mise en marché de ce véritable pont aérien est, elle aussi, optimale : autour de 140 voyagistes de toutes thématiques ont été identifiés, sans compter les agences online. A ceci, on peut ajouter, surtout depuis le sud du territoire, les liaisons en autocar. Des moyens conséquents qui ont participé à l’essor de la fréquentation française au Portugal, tout en facilitant également la désintermédiation du produit touristique portugais. Mais l’année qui vient de s’écouler témoigne désormais d’une maturation de cette fréquentation française dans le pays.

 

 

Baisse du marché français

 

Selon les chiffres de la fréquentation hôtelière, qui servent de baromètre aux représentants de l’office national du tourisme portugais, la fréquentation internationale (12 ,763 millions de touristes) s’est stabilisée l’an passé (+0,4%) avec un nombre de nuitées (40, 906 millions) qui s’est légèrement tassé (-2 %) par rapport à 2017. La poursuite d’une croissance relative (+7,3%) des arrivées internationales enregistrées en 2018 aux aéroports, peut laisser croire que cette différence d’évolution avec celle de la fréquentation hôtelière profite désormais à d’autres formes d’hébergements.

 

Pour sa part, le marché français, avec 1, 323 700 million de clients hôteliers a enregistré une baisse de -2,1%, tout comme celui des nuitées (3, 864 100 millions) à -2,7%. Ces derniers chiffres le situent à la quatrième place des marchés internationaux au Portugal derrière le Royaume Uni, l’Allemagne et l’Espagne. Une évolution qui ne peut éviter d’être mise en parallèle avec le retour en grâce sur le marché français des pays d’Afrique du Nord (Tunisie et Maroc) ou du Moyen-Orient (Turquie et Egypte). Dans ces conditions, le Portugal souhaite conforter ses positions sur ces pôles forts : la métropole de Lisbonne (la ville sera « capitale verte européenne » en 2020), l’Algarve… tout en poursuivant ses efforts de communication autour des nouvelles régions présentant une offre nouvelle : Alentejo, Madère, l’archipel des Açores…

 

 

Jean Grevellec, président de Transphère Voyages (Bordeaux) : « je refuse les low cost pour mes voyages de groupes »

 

Spécialiste du marché groupes, comités d’entreprise, associations… à Bordeaux, depuis vingt cinq ans, Transphère Voyages n’a pas fait du Portugal sa destination fétiche. «Elle est très proche de chez nous, et les gens se débrouillent souvent seuls pour traiter leurs déplacements et leurs programmes », constate Jean Grevellec. Transphère Voyages a fait de son expérience et de sa valeur ajoutée, en matière de circuits notamment, sa signature. « Je refuse de travailler avec des compagnies low cost, et je reconnais avoir perdu plusieurs groupes à cause de ce choix, dit-il. Pour autant, le Portugal est une destination qui colle bien aux courts séjours, les city-breaks, par exemple ».

 

Bernard Drouart, directeur d’Espace Langues et Découvertes (Villeneuve d’Ascq) : « le Portugal n’est pas encore suffisamment connu »

 

Espace Langues et Découvertes est une agence familiale nordiste, spécialisée dans les voyages pour les groupes adultes et scolaires, qui a également ouvert un bureau à Lyon. « Nous traitons environ entre 300 et 400 groupes par an, dont 90% à l’international et principalement en Europe, à l’exception de quelques-uns à New York, pour des voyages scolaires éducatifs, pour des jeunes de sept à 77 ans ! », confie Bernard Drouart. Le Portugal figure comme un axe de croissance : « curieusement, dans ce milieu, la destination n’est pas encore très connue, alors qu’elle dispose d’une langue, d’une histoire et d’une culture qui méritent de l’être davantage. C’est pour cela que je suis venu à la BTL pour y développer notre programmation ».  

 

Catarina Cymbron, directrice générale de Melo Travel, réceptif aux Açores :

« un décor à couper le souffle »

 

A deux heures d’avion du Portugal continental, la Région autonome de l’archipel des Açores, composée de neuf îles, mérite le détour. Très connu des météorologues, il l’est bien moins des touristes. Conformément à leurs situations géographiques et comme les Canaries ou l’Islande, les îles des Açores profitent de gisements géothermiques. Elles sont cependant restées à l’écart des grands mouvements touristiques, offrant donc un cadre naturel préservé. En 2018, par exemple, la fréquentation internationale s’est élevée à 295 000 touristes, pour un million de nuitées. Balayé par les vagues de l’Atlantique, c’est notamment le paradis des surfeurs. San Juan, la principale île est reliée toute l’année à Lisbonne et à Porto. « Elle décline toute la panoplie des activités touristiques de découverte de la richesse de la flore et de la faune », souligne Catarina Cymbron. Cette destination originale, qui dispose principalement d’une hôtellerie à taille humaine, colle parfaitement à la stratégie de diversification engagée par les promoteurs du tourisme portugais. Une opportunité à saisir d’autant que Melo Travel dispose d’une représentation à Paris, assurée par Agnès Ferreira da Silva.

Catarina Cymbron (à g.),

et Agnès Ferreira da Silva.

 

Ricardo Ferreira, directeur général d’Osiris Travel, réceptif (Lisbonne) : « nous jouons la diversification, pour éviter la concentration »

 

Avec 500 groupes reçus par an, dont 150 Français qui constituent la première clientèle devant les Etats-Unis et le Brésil, le réceptif Osiris Travel est devenu l’un des poids lourds du secteur, que ce soit pour le tourisme de loisirs ou d’affaires. Mais aujourd’hui, son directeur général remarque aussi un ralentissement de la croissance constatée ces dernières années. « Avec la détérioration de la situation sociale qui perdure en France, nous observons un certain attentisme de la part des prescripteurs », relève Ricardo Ferreira. Le contexte international est également mis en avant : « il est vrai que nous avons grandi sur le marché français, en partie en raison de la situation géopolitique liée aux suites des événements du Printemps arabe. Or, depuis l’année dernière, les choses ont évolué et la concurrence se renforce avec la Tunisie, le Maroc, la Turquie et même l’Egypte », ajoute-t-il. Quoi faire dans cette situation ? « Nous profitons de la diversité de notre offre pour éviter la concentration sur Lisbonne et Porto, pour proposer Madère, les Açores et l’Algarve qui disposent de très bonnes dessertes aériennes, tout en concevant des programmes plus originaux, du sport, de la découverte… ».

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