François Piot

Le Président du groupe Prêt à Partir, a créé en partenariat avec Linh Raoul et Stéphane Thioly de Pole Capital, trois pépinières d’entreprises qui lui permet d’accompagner une trentaine de start-up. Il a également mis en place le nouveau réseau social d’entreprise Workplace développé par Facebook. D’autres projets technologiques sont dans les cartons.

Accompagner des start-up m’apporte

au quotidien une autre vision du métier

Parce que l’heure est au tout numérique, François Piot, dirigeant du réseau Prêt à Partir, s’est très vite positionné dans cet univers. Fin octobre 2016, il a mis en place le nouveau réseau social d’entreprise développé par Facebook : Workplace. Prêt à Partir connecte ainsi en un seul et même lieu dématérialisé ses agences de voyages. Parce que Prêt à Partir a aussi pour objectif d’être présent sur tous les canaux de distribution, d’avoir une stratégie multicanale, il ne ménage pas ses efforts pour réinventer la manière de faire de la distribution afin d’offrir aux clients le plus de choix possibles dans leur acte d’achat. Et puis, en partenariat avec André Linh et Stéphane Thioly (Pole Capital), le réseau a aussi créé trois pépinières d’entreprises lui permettant d’accompagner une trentaine de start-up. Un moyen de réaliser une veille technologique tout en favorisant l’échange pour drainer des idées. Rencontre avec un patron dynamique, prônant « l’entreprise libérée », qui nous parle aussi de l’activité de son réseau.

 

Voyages & groupe : 2016 a été une année mitigée pour le tourisme, et pour le réseau Prêt à Partir ?

François Piot : les comptes sont sortis. 2016 a été une bonne année, le meilleur exercice qu’on n’ait jamais eu, même ! Un constat à la fois agréable et… inquiétant car ce succès est dû à des clients moins nombreux, mais qui voyagent plus loin.

V&G : 2016 devait être l’année de la rationalisation de votre réseau. Un premier bilan ?
F.P. : beaucoup de clients passent d’abord par le site internet avant de se rendre en agence. Nous avons donc mis l’accent depuis un an sur les devis en ligne accompagné d’un outil de suivi afin de savoir comment les agences traitent ces demandes, entre cinq et 20 par jour. On est vraiment dans de l’omnicanal avec très peu de ventes réalisées sans intervention humaine, que ce soit en face à-face ou à distance.  Par ailleurs, nous avons continué à mettre à la disposition de certaines agences - une vingtaine  aujourd’hui - le casque de réalité virtuelle Oculus. Le problème est que nous manquons cruellement de contenus et que cela prend du temps. Nos vendeurs ont donc du mal à l’introduire dans le process de vente. En revanche, c’est un vrai succès lors des salons ou de soirées clients qui sont extrêmement friands de ce genre de gadgets. Cela a déclenché des ventes… ou au contraire évité des déceptions. Il faudrait donc que les voyagistes et les offices de tourisme génèrent du contenu pour booster le produit.

V&G. : vous avez commencé à tester Workplace, le réseau social professionnel de Facebook.  Quelles sont vos premières impressions ?
F.P. : nous l’avons mis à disposition de nos agences et de nos sites de transport depuis octobre 2016.
Cette plateforme est une sorte de mail amélioré, très convivial, chacun gérant ses notifications comme il le souhaite. Nous venons juste d’avoir le retour de notre premier sondage interne : sur 315 personnes connectées, 125 ont répondu. A une écrasante majorité (120, ndrl), elles souhaitent conserver l’outil, cinq en revanche sont contre... Mais il est vrai que la majorité s’est abstenue ! Parmi les points positifs, sa facilité d’utilisation.
Alors qu’un vendeur hésitait à envoyer une question par mail, il poste aujourd’hui sa demande et obtient une réponse dans l’heure ou les deux heures qui suivent. Pour l’instant, un tiers des utilisateurs s’avère très actif. Les autres sont plus dans la recherche d’informations que dans l’échange. Pour l’instant !


V&G : vous l’utilisez vous-même ?
F.P. : quand j’ai vraiment un message très important à faire passer, j’envoie un mail, mais dans la pratique, je n’utilise presque plus que Workplace. Je poste beaucoup d’infos, des articles… Des groupes thématiques ont été créés qui fonctionnent bien, comme celui concernant les voyages individuels. D’autres, par métiers, pour les managers, le transport... sont plus ou moins actifs. Il y en a une vingtaine au total pour l’instant, mais on peut en créer d’autres, en fermer certains, selon les besoins. Nous avons déjà gagné des ventes grâce à cette plateforme, le vendeur hésitant moins à poster une demande insolite qui trouvera un écho dans le réseau. Cela développe un esprit de solidarité, ce qui est d’autant plus important que notre réseau est étendu, avec des personnes qui ne se connaissent pas forcément et qui n’ont pas matière à se rencontrer. Une de mes craintes étaient de tomber dans le hors sujet. Il y a eu quelques tentatives, vite avortées. La seule qui subsiste serait le temps que les vendeurs y consacrent. Je suis convaincu que cela va être un outil de plus en plus utilisé. De surcroît, il supprime toute hiérarchie, tout le monde s’exprime à égalité, la notion de patron s’efface, c’est très intéressant, car c’est un mode de fonctionnement que nous encourageons . Nous privilégions l’entreprise libérée et la responsabilisation des équipes.

V&G : et pour 2017, quels angles d'attaque ?
F.P. : bien évidemment, nous poursuivons notre partenariat avec  tous nos tour-opérateurs, en particulier Luxair, FTI et TUI, nos trois gros porteurs. Nous maintenons la stratégie qui est la nôtre depuis plusieurs années : développer l’axe du sur-mesure et celui de la croisière, l’autre grosse tendance. L’enjeu est extrêmement clair, tant pour nos fournisseurs que pour nos vendeurs, car la rentabilité est double à dépense égale. Face à certains tour-opérateurs qui nous assomment à coups de promotions sous-commissionnées, nous avons tout intérêt à inciter les clients à partir en croisière, d’autant qu’ils sont de plus en plus nombreux. Concernant la clientèle à petit budget, qui nous a beaucoup manqué ces dernières années, je note depuis quelques mois un net redémarrage de la Tunisie… qui durera ou non. Mais on constate que les destinations report (Baléares, Canaries, Grèce…) en ont profité pour augmenter les prix.

V&G : avez-vous des projets de rachat ?
F.P. : il y aura peut-être de la croissance externe, mais il n’y a pas de gros dossiers à l’étude. Par définition, je suis à l’écoute de toute opportunité et ne me refuse rien. Je regarde avec plus d’attention les agences situées dans le grand quart nord-est, mais je fonctionne beaucoup par les rencontres : un rachat est le résultat d’une rencontre entre un vendeur et un acheteur avec un projet.

V&G : quelle sera la priorité cette année au sein du groupe ?
F.P. : le gros axe de développement cette année reste la communication interne. Elle a commencé avec la parution d’un livre, Le Fil conducteur, consacré au travail de chacun de nos conducteurs scolaires, un de nos métiers. C’est un événement important qui vise à valoriser non pas l’entreprise mais ceux qui la font. L'impact a été si grand, qu'à présent, ce sont les agences qui veulent la même chose ! Le partage d’informations passe donc par le développement de Workplace. Dès que nous faisons un investissement, nous communiquons par ce biais, en expliquant la démarche. Il est important que l’ensemble des collaborateurs du groupe comprenne le but de ces dépenses. On est dans une phase de transition forte en agences, passant d’un modèle tout tour-opérateur à un modèle où le voyage à la carte et sur-mesure prend une part de plus en plus importante. Par conséquent, il faut que le vendeur sache se débrouiller, trouver le fournisseur idoine. En cela, les réseaux sociaux nous aident. L’an dernier, nous devions mettre en ligne un nouveau site internet, mais nous avons pris du retard car nous étions pas mal mobilisés par le développement de la partie billettique en transport. Le site verra le jour cette année. Aujourd’hui, l’internaute peine à s’y retrouver parmi le trop grand nombre d’offres. Tout est bien là, mais il ne parvient pas à trouver ! L’idée est d’avoir un site qui accompagne le client dans  sa recherche, avec un achat tout d’abord, puis un bot (ou « robot » autonome qui interagit avec des serveurs informatiques, ndlr),  dans un second temps et surtout d’avoir une fluidité entre internet et notre outil de back office.

V&G : vous avez créé trois pépinières de start-up. Quel en est l’impact sur votre réseau ?
F.P. : nous avons commencé l’aventure en 2013. Je finance et mes deux associés André Raoul et Stéphane Thioly (de Pole Capital, ndlr) gèrent les trois pépinières au quotidien, auditent les dossiers, rencontrent les apporteurs de projets. La décision finale est collégiale. Aujourd’hui, ce sont 37 start-up que nous accompagnons, majoritairement en lien avec notre métier : les loisirs, la mobilité, l’environnement. Au départ ma volonté était de faire de la veille technologique de façon originale et de repérer, par l’intermédiaire de ces start-up, des talents  à intégrer dans le groupe. En plus de Dataraxys (éditeur de logiciels spécialisé dans le tourisme et l’hôtellerie, ndlr), que j’ai créé, cela m’apporte au quotidien une autre vision du métier car nous sommes en veille permanente.
Je reste persuadé que cette activité d’accompagnement va devenir une grosse partie de nos activités de demain, sans pour autant nuire au travail du réseau, bien au contraire ! Un exemple : nous sommes en discussion avec une start-up qui développe un bot apportant, au client en déplacement, de l’assistance à distance. Ce n’est que lorsque le robot n’a pas la réponse qu’il propose au client de contacter l’agence. La technologie nous permet d’augmenter la qualité de nos services.

V&G : start-up et transport font-ils aussi bon ménage ?
F.P. : une autre grosse révolution, ce sont les véhicules autonomes. Il y a les start-up dans lesquelles on investit et celles avec qui on discute comme One-situ qui cherche à optimiser les places de parkings. Nous sommes attentifs à ce qui se passe dans ces domaines. Il n’y a pas forcément  de conséquence immédiate dans nos métiers, mais on garde en tête leur existence pour une utilisation future. En revanche, dans le cadre de nos agences, nous travaillons déjà avec certaines start-up sans avoir investi.  C’est le cas d’ Air-Indemnité qui gère le recouvrement d’indemnités de lignes aériennes ou Anaxis, qui fait de l’optimisation de tarifs aériens.

V&G : comment voyez-vous vos agences à l’avenir ?

F.P. : il y a dix ans, on prédisait la mort des agences de voyages. On le dit encore aujourd’hui.  C’est sûr, il y en a moins maintenant. Pour autant, on ne vit pas moins bien qu’avant, au contraire. Le métier s’est concentré, on le constate chaque jour. Mais je crois encore beaucoup à l’agence de proximité qui a une vraie relation avec ses clients. La technologie c’est bien, mais l’empathie c’est mieux, l’idéal restant de cumuler les deux !

 

Propos recueillis par
Pascale Missoud

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