Congrès des Entreprises du Voyage

Une édition hors des sentiers battus

Jean-François Bélanger

Avec 430 participants, le congrès des Entreprises du Voyages, organisé du 30 janvier au 3 février à Madère, a fait le plein. Sur le thème « Entreprendre », la profession a fait le point sur la situation du secteur touristique, tout en débattant des principaux défis qui l’attendent, sur une île qui mérite d’être connue.

Incontestablement, la situation de crise que la France vit depuis plus de deux mois interroge et figure parmi les explications de ce succès de fréquentation. Car ces derniers mois, les manifestations altèrent un optimisme qui prévalait jusqu’au mois de novembre 2018 et interpellent les acteurs du tourisme. Une croissance économique initialement retrouvée et qui a conduit à une hausse des réservations : « 4% de prises de commande supplémentaires pour l’année 2019 », a même précisé Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage. Mais les épisodes successifs des Gilets jaunes depuis la fin novembre ont singulièrement assombri la fin de l’année. « Sur le seul mois de décembre, les versements BSP se sont effondrés de 25% », poursuit-il. Et sans doute plus inquiétant, « ce qui me tracasse davantage, c’est la situation du moral des Français qui peut en prendre un coup », au moment où la croissance de l’économie française a été revue à la baisse, passant de 2,3% en 2017 à 1,5%, finalement, pour l’année dernière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les bons chiffres du tourisme portugais et madérien

Ces inquiétudes sont assez éloignées de la destination et du pays d’accueil de cette édition du congrès qui, année après année, évolue sur des croissances fortes auxquelles le marché touristique français contribue largement. « Cette évolution a contribué à faire passer le taux de chômage de 14%, il y a quelques années, à 8% l’année dernière », se réjouit Jean-Pierre Pinheiro, directeur de l’office du tourisme du Portugal en France, à un niveau inférieur à celui de la France, donc. Yann Richard, directeur commercial de Top of travel, l’illustre : « la destination Madère représente 30% de notre chiffre d’affaires et la moitié est constitué par l’activité groupes ». Pour Maria Joao Doria, directrice des ventes et de la promotion du réceptif New Travel, à Funchal : « la clientèle française représente environ 40% de notre activité globale. Nous traitons entre 50 et 60 groupes de Français par an, aussi bien des écoles que des participants à des opérations spéciales autour des fleurs, de l’agriculture… ou des événements locaux », précise-t-elle.

 

Optimisme mesuré pour 2019

Pour autant, en France et pour l’outgoing, les résultats du baromètre Orchestra/Gestour-Amadeus pour Les Entreprises du Voyage, présentés en cette occasion, font état de perspectives plutôt positives. Pour 2019, la tendance des départs des clients est en hausse globale de 17%, soit 39% pour la France, étal pour le moyen-courrier et en hausse de 1% pour le long-courrier. Seule ombre au tableau : une chute du panier moyen global de 10%, plombée par un effondrement de 20% de celui-ci sur le marché domestique. Quoi qu’il en soit, les acteurs du secteur doivent se donner les moyens pour affronter les éléments contraires, profiter et valoriser leurs métiers, dans la conjoncture actuelle d’une croissance mondiale toujours bien orientée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une forte progression de la clientèle asiatique d’ici à 2030

Effectivement, si l’on enregistre aujourd’hui au niveau mondial, 1,3 milliard de touristes internationaux par an, ils devraient être de 1,8 milliard, en 2030, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT). Pour une large part d’entre eux, ces 500 millions de nouveaux touristes devraient arriver d’Asie, Chine et Inde en priorité. Une évolution qui devrait accroître les phénomènes de concentration sur des lieux touristiques déjà sous pression, puisque 95% des touristes se pressent sur 5% des surfaces de la planète. Appelé à la tribune pour évoquer les enjeux du transport aérien, Marc Rochet, l’actuel président de French Bee, se félicite de cette situation : « avec une baisse régulière et continue de ses tarifs et du prix moyen des billets, le trafic aérien profite de cette mondialisation. Il double tous les quinze ans, et c’est le trafic touristique qui est la locomotive de cette croissance, notamment avec les compagnies low cost ». Constatant amèrement la lente et régulière érosion du pavillon France, cet expert du secteur en profite au passage pour égratigner la politique de montée en gamme du groupe Air France-KLM : « même si la demande premium représente 30% des revenus, elle ne représente plus que 18% du trafic », relève-t-il. « Je remercie Ben Smith de nous laisser la voie libre ! », glisse Marc Rochet. Toujours concernant cet afflux de nouvelles clientèles venues d’Orient, René Marc-Chikli, président du Syndicat des Entreprises du Tour-Operating (Seto), annonçait un peu plus tard : « pour absorber cette croissance attendue en France, il est important d’augmenter l’accueil des aéroports régionaux ».

 

La SNCF en négociation avec Les Entreprises du Voyage

Quand à la SNCF, sur l’exercice 2018, elle a digéré les grèves du printemps avec un été et une rentrée qui ont suivi, satisfaisantes. « Ce qui conduit au final à une croissance annuelle comprise entre 3% et 4% sur le réseau des agences de voyages », selon Olivier Pinna, directeur des ventes. L’entreprise est avec Les Entreprises du Voyage dans la phase terminale de la négociation pour une nouvelle convention qui succédera à l’actuelle qui échoit à la fin de cette année. Et, comme c’est toujours le cas entre fournisseur et distributeur, cela ferraille dur pour trouver un prochain accord. Il semblerait toutefois que compte tenu des économies dans laquelle le transporteur est engagé, avec les outils technologiques dont il dispose, l’accord semble inévitable.

 

Contingentement, taxations… sont-elles les solutions de demain ?

On ne voit donc pas comment tous ces lieux emblématiques du tourisme, ceux déjà concernés à ce jour par la sur-fréquentation, pourraient se priver de ces « primo-voyageurs » attendus. La tentation de l’instauration de taxes, de péages, voire le contingentement de certains sites peut être évoquée, çà et là. Une véritable révolution, car le tourisme a vécu, et s’est construit sur l’idée de sa démocratisation et de son accessibilité. La gestion de ces nouvelles vagues par l’emploi de telles mesures serait sans doute contraire à ces principes. « Pourquoi ne pas instaurer un élargissement des périodes d’ouvertures des musées ou monuments les plus visités ? », tente Hamida Rezeg, vice-présidente de la Région Ile-de-France. Car sénateurs, députés, élus… étaient aussi de la partie à Funchal.

 

Les politiques vont s’impliquer dans le tourisme

Car, pour cette édition, les organisateurs avaient, en effet, souhaité associer, aux côtés des acteurs du secteur touristique, quelques représentants du milieu politique : sénateurs, députés, élus territoriaux… Et nous avons appris qu’une amicale des parlementaires du tourisme allait être créée très prochainement. « Sous une forme informelle et d’une façon simplifiée, elle nous permettra de réunir des informations en vue d’être une force de proposition auprès du gouvernement », annonce Rachid Temal, sénateur du Val d’Oise. Et toujours dans le cadre de ces négociations avec les instances dirigeantes, René-Marc Chikli, l’un de ses fondateurs et vice-président de la Confédération des Acteurs du Tourisme (CAT), annonce que cette structure accueillera vraisemblablement un adhérent supplémentaire, « Les Loueurs » dans laquelle figurent les opérateurs de ce qu’il est convenu d’appeler la consommation collaborative du type airbnb, « dès que le cadre règlementaire sera établi », précise-t-il.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Madère, des atouts reconnus par les touristes

 

Assurément, Madère, île portugaise rattachée au Portugal, et donc à l’Union européenne, tout en bénéficiant d’un statut d’autonomie, reste encore assez méconnue. Située à 500 km des côtes africaines et à 1000 km du continent européen, son climat subtropical lui assure une douceur permanente, tout au long de l’année. La température moyenne, qui oscille entre 17°C et 28°C, lui permet d’offrir en permanence des conditions d’accueil confortables et très favorables à l’industrie touristique, et ce tout au long de l’année. Des conditions naturelles qui ont aussi facilité l’implantation d’une culture généreuse, avec notamment une richesse assez exceptionnelle et matière de fruits et de fleurs. Pour les découvrir, l’île dispose d’une bonne infrastructure routière qui facilite les excursions et, pour partir à la découverte de son relief escarpé, on ne compte pas moins de sept téléphériques sur l’île. Porto Santo, son île satellite, à deux heures de ferry ou à 15mn d’avion, est tout à son opposé. D’un climat plus sec et davantage orientée vers le tourisme balnéaire, elle offre l’opportunité d’excursions, le plus souvent à la journée, pour profiter de ses plages. A titre de curiosité, c’est ici que Christophe Collomb se maria et y vécu quelque temps.

Ces atouts ont été reconnus depuis longtemps des touristes. Si les Britanniques ont été parmi les premiers à venir en nombre, les Français commencent à être séduits à leur tour par les charmes de la douceur de vivre madérienne. Du fait d’une accessibilité aérienne qui s’améliore régulièrement (Tap Portugal, Enter Air, Transavia, Aigle Azur…) et à l’image de la destination Portugal en forte croissance, la France est même passée à Madère devant l’Espagne, juste derrière le Royaume Uni et l’Allemagne, devenant ainsi le troisième marché international. L’année dernière, ce sont 120 000 Français (+12% par rapport à 2017) qui s’y sont rendus. Et, contrairement au Portugal qui dans son ensemble n’intermédiarise que 20% de ses prestations, ce taux monte à 60% pour ce qui est de l’île de Madère. Pour accompagner cette croissance, le parc hôtelier progresse autant quantitativement que qualitativement, à des tarifs qui restent d’un bon rapport qualité/prix. Avec pour illustration, la construction en cours d’achèvement de ce qui deviendra la plus grande offre hôtelière de l’île. On doit l’initiative à des investisseurs locaux qui disposent déjà de plusieurs unités hôtelières sous l’enseigne Savoy.  L’ouverture du Savoy Palace, en bordure d’océan et à proximité du centre historique de Funchal, est attendue pour le début de l’été prochain. Ses 580 chambres de catégorie cinq étoiles, pour 1200 lits, visent la labellisation dans la chaîne « Leading Hotels of The World ». Ils s’ajouteront au parc insulaire existant, plutôt qualitatif, qui s’élève autour de 30 000 lits.

 

Un label « Ambassadeur ATR » testé pour les distributeurs

Lancé en 2004 par des voyagistes spécialisés dans le tourisme d’aventure, le label ATR (Agir pour le Tourisme Responsable) a été étendu depuis 2014 aux tour-opérateurs généralistes. Aujourd’hui, ce sont 37 structures qui proposent à leurs clients une charte du voyageur visant à la protection de la planète à travers trois engagements s’adressant à leurs clients, leurs partenaires et leurs équipes. Aujourd’hui, ses promoteurs souhaitent encore aller plus loin en associant les agents de voyages. C’est ce qu’a annoncé Vincent Fonvielle, président de l’association ATR, et par ailleurs fondateur de La Balaguère. « Nous allons faire des tests auprès de certaines agences volontaires. Mais il faut que les agents de voyages soient capables d’expliquer et d’argumenter la charte éthique du voyageur. Cela nécessitera donc une formation préalable et cela pourrait déboucher sur l’attribution d’un titre d’ambassadeur », précise-t-il.

 

Clubs de vacances : la labellisation est-elle nécessaire ?

En France, trois millions de nos compatriotes passent leurs vacances dans des clubs de vacances, soit deux millions à l’étranger et un million en France. Avec un total de 4,3 millions de séjours, l’Hexagone est, avec l’Italie, l’un des deux principaux marchés pour ce type de vacances. C’est pour cela qu’a été décidée une labellisation de ces hébergements pour distinguer ceux qui, parmi les 1700 clubs répertoriés, méritent le label « Club de Vacances Qualité Garantie ». A ce jour ce sont un peu plus de 200 clubs de vacances qui l’ont obtenu et ils devraient être 250 cet été. « Notre idée n’est pas une course au nombre, mais nous pensons qu’arriver à 300 serait une bonne taille », estime Patrice Caradec, président d’Alpitour. Outre cette société italienne, TUI, NG Travel, Thomas Cook et Fram ont adhéré à cette politique de labellisation. Un label attribué pour deux ans, le temps d’avoir la visite d’un observateur de l’équipe d’Easyvoyage qui contrôle le respect des normes : un contingent de 50 chambres au minimum par hôtel, un animateur diplômé pour dix chambres, le wifi gratuit dans les chambres… « C’est un peu à l’image de la baguette « tradition », elle participe autant à la promotion du produit qu’à la hausse de la valeur ajoutée », justifie Patrice Caradec. Cependant, certains distributeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde. Michel Dinh, directeur général d’Havas Voyages, considère que « le référentiel est compliqué et que l’hôtellerie a déjà ses propres classifications ». « C’est une aide à la vente et cette initiative a été prise justement pour donner une valeur ajoutée supplémentaire qui est favorable aux distributeurs. Il serait stupide qu’ils ne saisissent pas cette chance », lui répond Patrice Caradec.

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