AFRIQUE DU SUD

En leadership touristique

Texte et photos : Jean-François Bélanger

10/05/2019

L’édition 2019 du salon des professionnels du tourisme Indaba s’est tenue du 2 au 4 mai derniers dans le cadre de l’International Convention Center de Durban. Réunissant une vingtaine de pays africains, les promoteurs du tourisme sud-africains annoncent faire de leur pays la vitrine du tourisme du continent, tout en s’affirmant comme un leader du secteur.

Pour les exposants comme pour les visiteurs, plus que jamais, le salon Indaba s’internationalise. Ce sont désormais 80 nationalités différentes qui ont été recensées cette année, tandis que pas moins d’une vingtaine de pays ont fait le déplacement dans la capitale de la province du Kwazulu Natal, soit la quasi-totalité de l’offre de l’Afrique Australe. Pour les rencontrer, et parmi les 1800 acheteurs présents invités par le South African Tourism, organisateur de l’événement, une vingtaine d’agents de voyages accompagnés par Natacha Kourouma, représentante de l’antenne parisienne Europe du Sud, qui couvre désormais les marchés français, italiens, espagnols et portugais, dans un contexte de relance de la destination.

 

Un effet de pallier

 

En dehors de ses marchés de proximité, la fréquentation touristique internationale a connu, en Afrique du Sud, une croissance très vigoureuse, depuis la coupe du monde de football de 2010. A partir de cet événement et jusqu’en 2017, elle est passée de 2,1 millions de visiteurs à 2,7 millions. Dans cette évolution, la France y a largement contribué, avec 196 165 visiteurs enregistrés en 2017. Avant une pause l’an passé : 186 251 Français étaient alors comptabilisés, soit un recul de 5,1 %, par rapport à 2017. Une baisse un peu plus prononcée que la moyenne des marchés européens qui, eux, ont diminué en moyenne de 2,5%, ou de l’ensemble des marchés « overseas» en baisse de 1,5% entre 2018 et 2017.

 

La France a, cependant, conservé la quatrième place de ces marchés lointains, derrière le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Allemagne. Mais, ce sont les pays africains (+2,8%) qui ont permis à la destination d’enregistrer une croissance de 1,8% à 10,5 millions de visiteurs internationaux en 2018. Selon certains, la hausse des prix récurrente n’est pas étrangère à cette situation. Interrogé sur ce point, Derek Hanekom, ministre du Tourisme sud-africain ne souhaite pas engager la polémique : « la hausse des prix est un régulateur de marché, il faut donc ouvrir la compétition ». Un discours entendu puisque les investissements hôteliers se poursuivent dans le pays.

 

Cette pause relative de la croissance ne tempère en rien les ambitions de la République sud- africaine dans le domaine du tourisme. Avant sa visite au salon Indaba, le 4 mai, le président de la république, Cyril Ramaphosa, avait annoncé qu’il souhaitait doubler ce chiffre de fréquentation internationale pour le porter à 21 millions, à l’horizon 2030. Il est vrai que dans une économie dont le taux de chômage est supérieur à 25%, les sources d’emploi sont précieuses. Si aujourd’hui, le secteur compte 1,5 million de salariés, demain avec la réalisation de l’objectif annoncé, ce seraient deux millions d’emplois supplémentaires.  

L’Afrique du Sud, destination pivot

 

Cette fréquentation internationale positionne aussi l’Afrique du Sud comme l’une des destinations phares du continent. Globalement, avec 67 millions de visiteurs internationaux dénombrés en 2018 en Afrique par l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), l’Afrique du Sud, à elle seule, en représente plus de 16%. Il est vrai que la taille du pays ainsi que la diversité de ses atouts permettent une approche multi-produits : son histoire poly-raciale, ancienne et contemporaine, sa culture, son patrimoine animalier et environnemental, sa gastronomie, son œnologie… offrent l’une des plus larges palettes d’attractions concentrées dans un seul pays du continent.

Aujourd’hui, des initiatives sont prises pour rejoindre les mouvements de tourisme durable et de la préservation des richesses environnementales, au moment où celles-ci sont menacées. Des arguments qui raisonnent positivement, notamment auprès des nouvelles générations de touristes. Avec également son antériorité dans le tourisme international, l’Afrique du Sud se pose en fédérateur des autres pays.

Le « Marché unique des transports aériens africains » (Single African Air Transport Market - SAATM), projet-phare dans le cadre de l’agenda 2063 de l’Union africaine, a été signé par une vingtaine de pays. Il doit permettre de faire baisser les tarifs aériens pour stimuler les voyages et ainsi multiplier les vols en provenance de plus en plus de pays.

 

Parallèlement, lors de sa visite à Indaba, Cyril Raphamosa rappelait qu’il souhaitait que son pays joue un rôle moteur pour accélérer et faciliter l’obtention de visas, une formalité depuis longtemps épargnée à la clientèle française. Cependant, si l’on se réfère à l’année 2018, et toujours selon l’OMT, la croissance globale de la fréquentation internationale du continent africain s’est située à 7%, contre 3,7% au niveau mondial, ce qui signifie qu’elle profite majoritairement aux autres pays que l’Afrique du Sud avec parmi eux, qui ont certes des volumes plus faible, la Tanzanie, le Kenya et également l’Egypte.

Lancement d’une nouvelle campagne

 

C’est pour cela que cette stratégie offensive est sans doute pertinente pour le continent africain. Le sera-t-elle au-delà ? La réponse est fournie par Ian Utermohlen, directeur de la zone Europe du South African Tourism, à Johannesburg : « nous allons lancer une nouvelle campagne baptisée Meet South Africa ». Sur ces marchés, il disposait de 14 millions d’euros de budget en 2018, et envisage une augmentation de 10% pour cette année.

 

Pour mettre en musique et accompagner cette stratégie, un nouveau directeur du South African Tourism a été nommé en décembre dernier. Hloni Pitso devrait arriver prochainement à Paris, et remplacer Gabriel Taher qui assurait l’intérim depuis le départ de la précédente directrice.

C’est Hloni Pitso qui devrait, donc, mettre en œuvre la campagne « Meet South Africa » pour redonner un nouvel élan aux marchés, avec notamment la tenue d’un roadshow national dédié aux voyagistes, dès 2020. Tout en sachant que dans le domaine de la distribution, celle-ci n’intervient plus en Europe que pour 36% de la clientèle, la majorité d’entre elle étant le fait d’initiatives individuelles. « Nous avons un nombre de repeaters qui est à la hausse », relève Natacha Kourouma, confirmant sans doute le fait que certains primo-touristes arrivent par exemple en groupe et retournent en Afrique du Sud individuellement, en réservant en direct.

Gilles Guiot, gérant de Go Tourism (Cape Town) :

« une politique attractive d’Air France pour les groupes »

Après une longue expérience en Afrique du Sud, Go Tourism a vécu et profité de l’envolée de cette destination, « mais aujourd’hui, nous constatons effectivement un tassement depuis les marchés européens. Pour ma part, il a fallu trouver de nouveaux clients pour compenser une baisse de la demande du marché français. Il faut prendre en compte, je crois, le retour des destinations qui ont été sinistrées par les événements du printemps arabe ou d’autres événements géopolitiques, l’Egypte en particulier, et qui repartent très fort depuis quelques mois », analyse Gilles Guiot. Pour autant, Go Tourism, présent dans le pays depuis 1991, s’est diversifié et propose aujourd’hui six pays d’Afrique Australe. La société réalise les trois quarts de son activité sur le marché français, et la région reste appréciée par les comités d’entreprise. « Nous avons une forte demande sur la Namibie mais nous manquons d’hébergements, constate Gilles Guiot. Le groupe Tsogo Sun poursuit son expansion, Marriott nourrit de nombreux projets, le premier Radisson Red du monde vient d’ouvrir, au Cap. Pour 2020, nous sommes optimistes, et nous saluons la politique tarifaire attractive mise en place par Air France sur le marché groupe. Une amélioration qui suit le passage de la compagnie nationale de l’Airbus A380 à un Boeing B777 de moindre capacité sur son vol quotidien depuis Paris à destination de Johannesburg ».

Henri Ménard, directeur général d’African Eagle (Johannesburg) :

« bientôt, nous serons présents à Zanzibar et au Rwanda »

Présent depuis vingt cinq ans sur la destination, Africain Eagle fait partie des réceptifs historiques d’Afrique du Sud, particulièrement implanté sur le marché français. « Nous observons dans le pays une baisse de 5% du trafic français, mais correspondant à une hausse du chiffre d’affaires de 2 à 3%, compte tenu de l’inflation. C’est une certaine morosité de l’ambiance européenne qui me semble en être la cause, avec aussi une envolée du Kenya qui a augmenté chez nous de 35% », constate Henri Ménard. Une évolution qui ne freine en rien la politique de diversification amorcée depuis l’Afrique du Sud par le réceptif il y a plusieurs années déjà. « Nous avons ouvert des représentations à Dakar et à Abidjan en 2018, puis à Addis Abeba en février dernier. Nous comptons très prochainement en ouvrir une autre à Zanzibar, puis au Rwanda », annonce-t-il. Le dispositif d’African Eagle déjà conséquent avec dix bureaux couvrant 13 pays en Afrique Australe, de l’Est et de l’Ouest, va donc s’étoffer sensiblement. Avec un effectif de 300 personnes, African Eagle a réalisé, en 2018, un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros pour 60 000 touristes, et a organisé plus 100 000 excursions. La France représente environ la moitié de ces marchés.

Fabrice Bouillot, directeur de production d’Austral Lagons (Paris) :

« en 2018, nous avons réalisé en Afrique Australe dix millions d’euros de chiffre d’affaires »

 

Cela fait trois ans qu’Austral Lagons, spécialiste des groupes privatifs, programme l’Afrique Australe et bien lui en a pris. Fabrice Bouillot : « même si nous avons connu en certain tassement de l’Afrique du Sud, l’année dernière, nous avons réalisé sur l’ensemble de ces destinations dix millions d’euros de chiffre d’affaires ». Chez Austral Lagons, la Tanzanie et Zanzibar (50% du trafic) et l’Afrique du Sud (25 %) sont au sommet. A l’Indaba, Fabrice Bouillot est venu conforter de nouvelles destinations dans cette zone avec le Rwanda et la Zambie.

 

 

 

Clotilde Cousin, chef de produit Afrique et Moyen-Orient, chez Marco et Vasco (Paris)

« Indaba est une formidable vitrine des destinations africaines »

 

Avec 14 pays africains programmés, pour des propositions sur-mesure à destination des individuels et de petits groupes, Marco et Vasco investit le continent. « L’Afrique du Sud est bien installée auprès de notre clientèle. Ce qui est appréciée ici, ce sont l’authenticité et le côté retour à la nature sauvage pour des clients sensibles aux grands espaces naturels, analyse Clotilde Cousin. C’est pour cela que ces destinations croissent chez nous plus vite que d’autres, grâce aussi, depuis peu, à l’Egypte ».

  • LinkedIn Social Icône
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+

TG Press - 9 rue du Gué - 92500 Rueil-Malmaison - Contact : pcossard.tgpress@gmail.com - 07 81 19 89 83